1 608 Algériens ont perdu la vie au cours des six premiers mois de 2025. Des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes qui sont sortis de chez eux et qui ne sont jamais revenus.
Des vies fauchées sur les routes au nom de la bêtise et de l’inconscience, laissant derrière elles des parents en deuil, des enfants devenus orphelins, des frères et sœurs brisés par l’absence. Les visages qui riaient, les voix qui chantaient dans les maisons et les rues ont disparu en un instant, laissant un vide que rien ne peut combler. Les accidents de la route ne sont pas seulement des statistiques : ce sont des histoires, des destins interrompus, des familles qui apprennent à vivre avec une absence immense et irréversible.
Un bilan qui ne cesse de s’alourdir
Selon les données communiquées par le commandant Rachida Laib de la Gendarmerie nationale, lors de son intervention à la Radio nationale, pas moins de 4 438 accidents de la circulation ont été enregistrés entre janvier et juin 2025. Ces drames ont coûté la vie à 1 608 personnes et blessé 6 700 autres. Le constat est implacable : les routes algériennes continuent d’être meurtrières.
Comme souvent, le facteur humain est pointé comme cause principale. Selon le commandant Laib, il serait responsable de 90% des drames. Excès de vitesse, dépassements dangereux, fatigue, usage du téléphone au volant ou encore conduite nocturne figurent parmi les comportements les plus meurtriers. Les routes deviennent alors le théâtre de collisions violentes, où la vie bascule en quelques secondes.
Des outils pour prévenir, mais une conscience encore juvénile
Pour faire face à cette tragédie, la Gendarmerie nationale a mis en place un plan stratégique renforcé à l’approche de la rentrée sociale. L’application « Tariki » reste l’un des dispositifs phares : elle permet aux citoyens de signaler en temps réel des comportements dangereux sur la route. Plus de 10 000 alertes ont déjà été reçues, preuve que la population commence à prendre conscience de l’importance de sa participation. Mais cette prise de conscience reste encore minoritaire face à l’ampleur des comportements à risque.
Les statistiques rappellent la gravité du problème, mais elles ne disent rien de la douleur des familles, des enfants qui grandissent sans parents, des communautés entières qui portent le deuil. Derrière les chiffres se cachent des drames intimes : une chaise vide à table, des enfants privés de leurs parents, des veuves obligées de prendre seules en charge le foyer, des parents contraints d’enterrer un fils ou une fille avant l’heure. Le défi est donc autant éducatif que sécuritaire. Les autorités peuvent multiplier les radars et les barrages, mais sans un changement profond des mentalités, les drames routiers se poursuivront.
Une bataille collective de longue haleine
Face à cette situation persistante, experts et associations de sécurité routière plaident pour une approche globale : réhabilitation des routes, sanctions plus sévères, renforcement du contrôle technique, mais surtout éducation des usagers dès le plus jeune âge. «Il faut inculquer la culture de la sécurité routière à l’école, au même titre que les mathématiques ou l’histoire», insiste un spécialiste interrogé dans une récente étude de la Délégation nationale à la sécurité routière. Rien ne peut se faire sans une transformation culturelle profonde dans le rapport des citoyens à la route. Tant que l’on considérera les règles comme des contraintes à contourner plutôt que comme des garanties de survie, les routes algériennes continueront d’endeuiller les familles.
Changer cette mentalité est sans doute le chantier le plus difficile pour notre pays. Mais c’est aussi le plus urgent. Car derrière les 1 608 vies perdues depuis janvier, il y a autant de familles marquées à jamais. Et chaque jour qui passe, d’autres destins basculent sur l’asphalte.
Par : Aly D









