La perspective d’un déplacement en Algérie du ministre français de l’Intérieur continue de s’éloigner. Laurent Nunez, interrogé hier sur la matinale de TF1, a de nouveau posé ses conditions préalables, estimant qu’il faut “qu’il y ait une évolution” sur plusieurs dossiers sensibles avant d’envisager un voyage à Alger. Cette nouvelle prise de position intervient seulement quatre jours après une première mise en garde, au cours de laquelle il avait réclamé des “bougés très forts” de la part des autorités algériennes concernant les OQTF et la situation du journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme.
Nommé en octobre dernier à la tête du ministère de l’Intérieur en remplacement de Bruno Retailleau, Nunez avait annoncé dès son arrivée son intention de se rendre en Algérie, répondant ainsi à une invitation de son homologue algérien, Saïd Sayouda. Il avait alors adopté une tonalité plus apaisée que celle de son prédécesseur, réputé pour ses déclarations virulentes sur les relations avec Alger. Pourtant, malgré ces signaux d’ouverture, le déplacement reste à ce jour sans date, près de quatre mois après sa prise de fonction.
Visite suspendue aux avancées sur les dossiers sensibles
La pression s’est intensifiée après la visite en Algérie de Ségolène Royal, la semaine dernière. À son retour, l’ancienne ministre française a exhorté Laurent Nunez à effectuer rapidement son déplacement, tout en critiquant son attitude. Ce dernier lui a répondu hier sur TF1 : “Non, je ne renoncerai pas à mes conditions”, affirmant que des avancées restent indispensables sur les OQTF et le dossier du journaliste Christophe Gleizes. Il a néanmoins admis que la visite finit par s’imposer : “J’attends qu’il y ait une évolution sur ces sujets, je me rendrai à ce moment-là en Algérie”. Et d’ajouter : “J’ai bon espoir, je sais que j’irai. On ne peut pas continuer à être dans cette absence de relation. D’ailleurs, les discussions techniques sécuritaires, elles, ont repris”.
Depuis le départ de Bruno Retailleau, les deux capitales ont en effet renoué un minimum de dialogue, amorcé notamment par la venue à Alger, en novembre, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes. Malgré cette tentative de réchauffement, les tensions ont ressurgi fin janvier après la diffusion sur France 2 d’un documentaire particulièrement critique envers l’Algérie, ce qui a poussé Alger à convoquer le chargé d’affaires de l’ambassade de France le 24 janvier.
Dans ce contexte de relations fluctuantes, les propos de Ségolène Royal, tenus lundi sur TF1, ont relancé le débat. Estimant que “quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller”, elle a mis en cause la démarche du ministre. Nunez, lui, a assuré qu’il assumait pleinement sa position tout en affirmant avoir “une grande estime’’ pour Retailleau. ‘’ On a suffisamment tendu notre main pour qu’il n’y ait pas de suspicion que je sois sous la coupe de mon prédécesseur”, a-t-il expliqué, défendant la cohérence de sa ligne. Sans nul doute, Alger saura lui répondre de manière adéquate
Par : S.A.B








