Le Parti Populaire (PP), au pouvoir dans les îles Baléares, a adressé au gouvernement central espagnol une demande visant à étendre le rapatriement des sept mineurs algériens déjà réclamés par leurs familles à près de 300 jeunes supplémentaires présents dans l’archipel. Cette initiative suscite une vive opposition des organisations humanitaires, qui dénoncent une mesure jugée illégale et rappellent que toute décision concernant des mineurs doit respecter l’intérêt supérieur de l’enfant ainsi que la jurisprudence du Tribunal suprême espagnol.
Le dossier initial concerne sept adolescents âgés de 14 à 17 ans, arrivés en septembre à Ibiza à bord d’une embarcation de plaisance. Leurs familles ont officiellement sollicité l’exercice de l’autorité parentale, ouvrant la voie à un rapatriement individuel, strictement conforme à la législation espagnole. Cependant, le PP des Baléares souhaite généraliser cette procédure à tous les mineurs algériens non accompagnés présents dans l’archipel, sans examen individuel des situations, ce que juristes et ONG considèrent comme contraire au droit espagnol.
La loi confie aux communautés autonomes la tutelle des mineurs étrangers vulnérables. En octobre 2025, le Tribunal suprême a rappelé que chaque décision concernant un mineur doit être prise au cas par cas, dans le respect de ses droits fondamentaux et de l’intérêt supérieur de l’enfant. Cette jurisprudence confirme que les décisions d’expulsion ou de transfert relèvent du gouvernement central et du parquet, et non des autorités régionales.
Saturation des centres et tensions sur la gestion
Les autorités baléares justifient leur demande par la saturation des centres d’accueil, notamment à Ibiza, où le taux d’occupation dépasse 230 %. Elles réclament une « réponse immédiate et coordonnée » du gouvernement central. Les ONG rappellent cependant qu’un mécanisme légal espagnol permet de répartir les mineurs entre communautés autonomes en cas de débordement. Elles dénoncent le refus du PP de l’appliquer, estimant que la stratégie de rapatriements massifs, parfois accompagnée de demandes d’intervention de Frontex, politise la question migratoire au détriment de la protection des mineurs.
Selon Madrid, la demande algérienne ne concerne actuellement que les sept adolescents identifiés par leurs familles. Aucun recours n’a été formulé pour un rapatriement collectif des autres mineurs algériens présents dans les Baléares. Par ailleurs, en l’absence d’accord bilatéral de réadmission entre l’Espagne et l’Algérie, un rapatriement massif serait juridiquement inapplicable et difficilement réalisable.
« Créer de la confusion dans la prise en charge des jeunes migrants revient à porter atteinte à leur sécurité et à leur dignité », déplore Mauricio Valiente, directeur de la CEAR, cité par elDiario.es. Les ONG appellent donc à privilégier la protection individuelle et à respecter scrupuleusement les droits des mineurs, tout en cherchant des solutions coordonnées pour désengorger les centres d’accueil.
Par : S.A.B.







