Chaque année, des milliers de blessés sortent des hôpitaux avec des séquelles irréversibles. Les routes ne tuent pas seulement, elles fabriquent aussi de l’invalidité, de la pauvreté et de l’exclusion sociale.
Portraits croisés
Amina élève seule ses trois enfants depuis que son mari est mort dans un accident de voiture en 2023. « Il est sorti travailler comme chaque matin, et puis mon frère m’a appelée… », nous raconte-t-elle d’une voix éteinte. Ses enfants, encore jeunes, n’ont pas seulement perdu un père, mais aussi une stabilité. La vie familiale s’est transformée en une lutte quotidienne pour survivre, avec des factures qui s’accumulent et des rêves envolés.
Mourad, 28 ans, vit depuis deux ans avec un handicap sévère après un accident de moto. Paralysé des jambes, il passe ses journées en fauteuil roulant. « On parle toujours des morts, mais les blessés aussi vivent un enfer. Moi je suis vivant, mais ma vie s’est arrêtée », nous confie-t-il. Son accident a coûté plus qu’une mobilité : il a perdu son emploi, sa fiancée s’est éloignée, et sa famille s’épuise à l’accompagner dans les soins.
Le poids des drames
Très souvent, ce sont les femmes qui portent le poids des drames. Lorsqu’un père meurt ou devient invalide, c’est la mère qui doit tout assumer : nourrir, habiller, éduquer. Beaucoup n’ont pas d’emploi et doivent se contenter de la pension de réversion, d’autres cherchent désespérément des petits boulots pour remplacer le revenu perdu. Faouzia a dû vendre ses bijoux de mariage pour payer les frais médicaux de son fils grièvement blessé dans un accident de voiture. « Je n’ai plus rien, mais je veux qu’il marche à nouveau », nous raconte-t-elle, les yeux rougis.
Les accidents de la circulation ne sont pas seulement une question de sécurité. Ils creusent aussi des fractures sociales. Ils font basculer des familles dans la précarité, créent de nouveaux besoins en soins médicaux, en soutien psychologique, en…larmes. Ces femmes que nous avons croisées, elles sont le miroir de toutes les autres. Combien faudra-t-il de veuves et d’orphelins pour que les consciences s’éveillent enfin et que le danger ne soit plus pris pour de la fatalité ?
Tant que la route continuera d’arracher des vies, l’Algérie portera ce deuil permanent. Et tant que la société ne regardera ces drames qu’à travers des bilans chiffrés, elle passera à côté de leur vérité la plus crue : ce sont des existences brisées, des enfants privés d’avenir, des femmes condamnées à se battre seules, des blessés qui survivent mais qui ne vivent plus.
Par : A.D









