Née en 1950 à Ksar el‑Boukhari, au cœur des Hauts Plateaux, Samia Benameur choisit de2 devenir Maïssa Bey pour écrire. Un nom d’emprunt, offert par sa mère, pour protéger et libérer tout à la fois. Car l’écriture, chez elle, est un espace de vérité, un refuge et une arme douce.
Fille d’un instituteur, mort sous la torture alors qu’elle n’avait que six ans, elle grandit entre deuils muets et silences imposés. Très tôt, les mots deviennent pour elle des passerelles vers le monde et vers soi.
Professeure de lettres à Sidi Bel Abbès, elle enseigne pendant de longues années avant de s’engager pleinement dans la transmission au-delà de l’école. Elle fonde en 2000 l’association Paroles et écriture, crée des bibliothèques de quartier, anime des ateliers de lecture et d’écriture pour les enfants et les femmes, dans une volonté farouche d’ouvrir des fenêtres là où il n’y avait que des murs.
Mais c’est dans la littérature que sa voix se fait entendre le plus clairement. Depuis Au commencement était la mer (1996), elle tisse des récits où les vies de femmes, souvent effacées, reprennent forme et couleur. Nouvelles d’Algérie (1998), puis Cette fille-là (2001) ou encore Hizya (2015) sont autant de portraits vibrants, tendres, lucides. Le silence, la violence, la transmission, l’enfermement, mais aussi la dignité, le désir et la tendresse y affleurent, portés par une langue limpide, d’une sobriété lumineuse.
Maïssa Bey écrit comme on veille, avec attention, avec amour. Elle tend l’oreille aux voix qu’on n’écoute pas. Elle interroge l’Histoire sans la figer, la société sans la juger, les hommes sans les absoudre. Dans Pierre Sang Papier ou Cendre, elle revisite la colonisation avec une mémoire tremblante et digne. Dans Nulle autre voix, elle ose mettre en mots la violence conjugale, sans artifice ni détour.
Maïssa Bey est de celles qui écrivent pour que d’autres puissent parler. Son œuvre est une main tendue, une lumière discrète dans la nuit. Et ses mots, des lucioles : fragiles, persistantes, insoumises.
Par : Aly D










