Une conférence s’est tenue hier, vers 12h00, à l’hôtel Seybouse, autour d’une thématique à la fois actuelle et profondément humaine : le cinéma face à la migration, à l’identité culturelle et à l’expérience de l’exil. Plusieurs figures du paysage cinématographique et critique, parmi lesquelles Mohamed Latrache, Karim Traïdia, Mohamed Bendjebbou, et bien d’autres encore, ont pris part à cette rencontre, proposant des regards croisés sur un sujet aux multiples dimensions.
Au fil des échanges, le cinéma a été présenté comme un miroir sensible des dynamiques migratoires, mais aussi comme un outil d’analyse capable d’en révéler les enjeux profonds. Bien au-delà du simple récit de l’exil, il façonne notre perception de l’altérité en donnant corps et voix à des trajectoires souvent réduites à des statistiques. Depuis les années 1960, de nombreuses œuvres se sont attachées à décrire les conditions de vie des migrants, mettant en lumière les chocs culturels et les défis liés à l’installation dans les pays d’accueil. À ce titre, des films comme «Pays rêvés, maisons hantées» de Jihane Chouaib et «Leur Algérie» de Lina Soualem ont été cités pour illustrer ces réalités.
D’autres références ont également été évoquées au cours de la conférence, témoignant de la place centrale de la migration dans le cinéma : «Le silence du fleuve» (1991), «Les massacres de Sétif» (1995) ou encore «La moudjahida et le parachutiste» (2012). Autant d’œuvres qui participent à documenter, chacun à leur manière, les mémoires et les fractures liées à l’histoire migratoire.
Les intervenants ont, par ailleurs, insisté sur la manière dont le cinéma met en scène la «migrance», entre errance géographique et bouleversement intérieur. Les personnages évoluent souvent dans des espaces intermédiaires, contraints de se réinventer et de composer avec les tensions de l’exil. Cette dynamique nourrit des récits où l’identité se construit dans le mouvement, entre mémoire, résistance et adaptation.
Il a également été souligné que dans le cinéma n’est jamais seul ; c’est plutôt collectif, où chaque réalisateur est lié à un fil, notamment celui de l’immigration algérienne et des mémoires coloniales qui lui sont associées.
Aujourd’hui, le cinéma contemporain tend à s’éloigner des représentations figées de l’étranger. Il cherche à restituer la complexité des parcours, en accordant une place centrale aux voix issues de l’immigration et aux réalités des périphéries urbaines. Dans cette dynamique, le cinéma méditerranéen explore des formes plus nuancées, mêlant parfois humour et mélancolie pour évoquer une «nostalgie errante» et des rapports souvent ambivalents à la terre d’origine.
Au terme de cette rencontre, une idée s’est imposée avec clarté : le cinéma, en capturant des fragments d’histoires individuelles, continue d’éclairer une réalité collective en constante évolution. Entre mémoire et déplacement, il demeure l’un des rares espaces où l’exil ne se réduit pas à une rupture, mais apparaît comme une expérience qui redéfinit en profondeur les contours de l’appartenance. Dans ce sillage, le réalisateur Dazi Slimane a conclu sur une note d’espoir, en appelant à renforcer les liens entre les deux rives, à consolider les passerelles existantes et à ouvrir davantage les portes aux nouveaux talents algériens.
Par : Sana A.K










