Dans le cadre du Mois du patrimoine, le Musée national des Antiquités et des Arts islamiques accueille une exposition en hommage à celui qui fut son conservateur et dont une salle porte le nom et qui est une des figures marquantes de la miniature algérienne, Mohamed Temmam. L’occasion pour nous de revenir sur le parcours de cet artiste très engagé dans les arts traditionnels.
Mohamed Temmam s’impose comme l’un des artistes plasticiens les plus singuliers de son époque. Rarement un créateur aura maîtrisé avec une telle aisance les langages artistiques les plus divers, de la miniature et de l’enluminure, disciplines dans lesquelles il excelle, jusqu’à la peinture de chevalet, où il s’exprime en portraitiste et paysagiste. Il s’illustre également dans le domaine musical, violoniste formé très tôt à l’école andalouse classique, au contact des grands maîtres algérois et des orchestres prestigieux tels qu’El Moutribiya et El Mossiliya.
C’est toutefois dans l’art de la miniature et de l’enluminure qu’il construit sa renommée. Aux côtés des frères Racim, il figure parmi les pionniers modernes de cette discipline. Dès l’âge de treize ans, alors qu’il poursuit sa scolarité, il découvre les arts dits traditionnels et se forme également à la céramique. Très tôt remarqué pour son talent, il obtient en 1936 une bourse pour l’École supérieure des arts décoratifs de Paris. Ce départ marque le début d’une longue période parisienne et européenne, près de trois décennies faites de découvertes, d’apprentissage et de confrontations artistiques. Curieux de tout, Temmam s’immerge dans les courants esthétiques de son temps et fréquente milieux musicaux et plasticiens. De passage à Alger en 1937, il y organise sa première exposition.
Mais sa trajectoire est bientôt interrompue par la Seconde Guerre mondiale : il est fait prisonnier entre 1939 et 1943. À sa libération, il reprend son activité artistique avec une intensité nouvelle. Les expositions se multiplient. En 1944, il participe à une exposition consacrée aux enlumineurs et miniaturistes algériens. Deux ans plus tard, grâce à Mohamed Racim, ses œuvres sont présentées en Scandinavie. Jusqu’en 1957, il expose régulièrement dans les salons des surindépendants et des peintres maghrébins.
La période de la guerre de Libération marque également son engagement. À travers ses œuvres, il participe à la mise en valeur de l’identité algérienne et s’associe, à sa manière, aux aspirations du mouvement national. Après l’indépendance, en 1963, Mohamed Temmam rentre définitivement en Algérie. Il est nommé conservateur du Musée national des antiquités d’Alger, fonction qu’il occupe jusqu’à sa mort. Dans ce contexte, il poursuit également son travail de création et de valorisation du patrimoine culturel, notamment à travers la conception de timbres-poste entre 1968 et 1986, consacrés à l’histoire et aux richesses artistiques de l’Algérie.
Les années suivantes sont marquées à la fois par une production constante et par une forme de retrait progressif. Il continue à créer miniatures, enluminures, calligraphies, peintures, et même maquettes de billets de banque. Affaibli par l’âge et la maladie, Mohamed Temmam s’éteint le 15 juillet 1988 à Alger. Il repose au cimetière d’El Kettar.
Par : Aly D












