Il aura fallu des années d’attente et la hantise permanente de voir des pans entiers de l’histoire locale s’effondrer pour que le secteur sauvegardé de la vieille ville de Mila retrouve enfin un second souffle. C’est désormais chose faite : le chantier d’urgence, engagé pour stopper la dégradation de ce joyau urbain, vient de s’achever. Une bouffée d’oxygène pour les habitants et les amoureux du patrimoine, qui voient ainsi concrétisée une première étape décisive dans la réhabilitation de leur mémoire collective.
Sur le terrain, la transformation est déjà visible. Grâce à une enveloppe de 20 milliards de centimes débloquée par les pouvoirs publics, les équipes sur place n’ont pas chômé : consolidation des vieilles bâtisses menacées de ruine, sécurisation des remparts, réfection des façades et remise en état des réseaux de base. Une vaste opération de nettoyage a également permis de dégager les vestiges enfouis sous les gravats et de rendre à nouveau praticable le circuit touristique de la cité.
Derrière ces pierres consolidées, c’est tout le visage séculaire de Mila qui se redessine. La cité antique, traversée par tant de civilisations, abrite des trésors inestimables que citoyens et visiteurs vont pouvoir réapprivoiser en toute sécurité : la maison du moudjahid Abdelhafid Boussouf, l’antique fontaine romaine « Aïn El Balad », ou encore la mythique mosquée Abou El-Mouhajir Dinar.
Cette renaissance sur le plan local s’accompagne d’une excellente nouvelle sur la scène internationale : le secteur sauvegardé de la vieille ville de Mila vient d’être officiellement inscrit au registre du patrimoine architectural et urbain de l’ALECSO (l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences). Une distinction obtenue à l’issue de la réunion de l’Observatoire du patrimoine arabe au Caire, qui a également consacré les vieilles médinas de Nedroma et de Béjaïa.
Au-delà de la portée symbolique, ce classement constitue un véritable levier pour l’avenir de la région. Il promet non seulement un renforcement des programmes de conservation, mais offre aussi à Mila une visibilité précieuse capable de booster le tourisme culturel et de dynamiser l’économie locale.
En parallèle à ces travaux d’urgence, un autre chantier emblématique retient toute l’attention des habitants : la restauration de la mosquée Abou El-Mouhajir Dinar, plus connue sous le nom de mosquée Sidi Ghanem. Érigé en l’an 59 de l’Hégire (670 apr. J.-C.), ce joyau est tout simplement la plus ancienne mosquée d’Algérie et la deuxième à avoir vu le jour en Afrique du Nord, juste après celle de Kairouan.
Aujourd’hui, le projet d’imposante restauration avance à un rythme soutenu, affichant un taux de réalisation de 70 %. Consolidation des murs porteurs, réfection de la toiture, ajustement des colonnes : chaque geste technique est pensé pour préserver l’authenticité et l’architecture d’origine du monument.
Lancé au début de l’année 2024 avec un délai d’exécution de 27 mois, ce chantier phare touche bientôt à sa fin. À sa livraison, ce haut lieu de l’histoire nationale ne rouvrira pas seulement ses portes comme lieu de mémoire, mais sera transformé en un centre d’interprétation à caractère muséal, offrant ainsi aux générations futures un lien direct avec leur passé.
Par : Amina A.












