Au cœur des Hauts Plateaux algériens, Sétif dévoile une histoire millénaire où se superposent héritages numide, romain et byzantin. Connue dans l’Antiquité sous le nom de Sitifis, ou Setifis, la ville fut l’une des grandes capitales de l’Afrique romaine, portant le prestigieux titre de Colonia Nerviana Augusta Martialis Veteranorum Sitifensium.
Bien avant l’arrivée des Romains, Sitifis appartenait au royaume numide des Massæsyles dès 225 avant notre ère. Elle occupait alors une position stratégique, convoitée par les puissances de l’époque. Elle fut le théâtre d’affrontements marquants, notamment entre Jugurtha et Gaius Marius. Plus tard, sous le règne de Juba II, la ville perdit son statut de capitale au profit de Cherchell, mais conserva son importance régionale.
C’est sous l’empereur Nerva qu’elle connaît un nouvel essor. Dès 97 après J.-C., une colonie de vétérans romains y est installée, consolidant son rôle stratégique au sein de la Maurétanie Césarienne, puis de la Maurétanie Sétifienne. La ville devient alors un centre administratif et militaire de premier plan.
Aujourd’hui, Sétif conserve encore les traces de ce passé prestigieux, bien que les vestiges des IIIe et IVe siècles soient fragmentaires. Remparts, temple, cirque, mausolée dit de Scipion ou encore forteresse byzantine témoignent de la richesse de son histoire. Les découvertes issues des fouilles archéologiques sont exposées au Musée public national de Sétif, offrant aux visiteurs une plongée fascinante dans l’Antiquité.
À partir du VIe siècle, la ville s’impose également comme un centre religieux majeur. Le christianisme y devient dominant, marqué par la présence du donatisme. Deux grandes basiliques ornées de mosaïques sont édifiées au nord-ouest de la ville, tandis qu’un évêché est fondé. Augustin d’Hippone évoque d’ailleurs Sitifis comme un lieu actif sur le plan spirituel, doté d’un monastère et d’une école épiscopale.
Sous les Vandales, puis les Byzantins, la cité conserve son rôle administratif et stratégique. Intégrée en 541 à l’Afrique byzantine, elle participe à la diffusion des doctrines orthodoxes dans la région, au sein de l’exarchat de Carthage.
À quelques kilomètres seulement, le site de Djémila, ancienne Cuicul, complète cette immersion dans l’Antiquité. Perchée à 900 mètres d’altitude, cette cité romaine remarquablement conservée impressionne par son urbanisme adapté au relief montagneux. Forums, temples, basiliques, arcs de triomphe et demeures témoignent de la grandeur de l’architecture romaine en Afrique du Nord.
Entre vestiges antiques et paysages des Hauts Plateaux, Sétif offre ainsi un voyage dans le temps, à la découverte d’un patrimoine riche et encore méconnu, où chaque pierre raconte une page de l’histoire méditerranéenne.
Par : Aly D











