L’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces américaines dans la nuit du 3 janvier marque un tournant dans la crise politique et énergétique du Venezuela. Cet événement pourrait avoir des répercussions importantes sur le marché pétrolier mondial et sur l’Algérie, dont l’économie dépend largement des revenus issus de l’exportation d’hydrocarbures. Depuis l’opération américaine, le prix du pétrole a connu une baisse notable en Asie, le baril de Brent tombant jusqu’à 60 dollars.
Donald Trump a justifié cette intervention par la volonté de sécuriser l’accès aux vastes réserves pétrolières vénézuéliennes, estimées à 300 milliards de barils, soit près de 18 % des réserves mondiales, dépassant largement celles de l’Arabie saoudite.
« Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars (…) et commencer à faire gagner de l’argent au pays », a-t-il déclaré quelques heures après l’opération, soulignant l’enjeu stratégique de ces réserves.
Les conséquences pour l’Algérie selon les experts
Pour l’économiste Brahim Guendouzi, professeur à l’université de Tizi-Ouzou, cette nouvelle donne « transforme profondément le jeu des acteurs pétroliers, Algérie incluse ». Il relève un paradoxe : malgré la gravité de la crise, le marché n’a pas enregistré de flambée des prix, alors même que l’événement aurait pu provoquer une hausse spectaculaire du cours du pétrole.
L’explication réside dans le fait que le risque géopolitique lié au Venezuela avait déjà été intégré aux prix du brut lors des semaines précédentes, au gré des annonces de Donald Trump. De plus, le marché mondial traverse actuellement une période d’« offre relativement abondante », rendant marginale la production vénézuélienne, limitée à 900.000 barils par jour en raison du manque d’investissements.
Selon Brahim Guendouzi, l’impact le plus tangible pourrait provenir d’une relance de la production pétrolière au Venezuela, désormais sous contrôle américain. Les grandes compagnies pétrolières pourraient investir massivement pour reconstruire les infrastructures et relancer l’extraction. Cette perspective ouvre la voie à un risque de surproduction à moyen terme, susceptible de faire chuter le baril sous la barre des 60 dollars.
Pour l’Algérie, les conséquences seraient immédiates : capacité réduite à financer les dépenses publiques, aggravation du déficit commercial, et pression accrue sur le budget. Chaque dollar sous les 60 dollars accentuerait le déficit budgétaire déjà important du pays. L’économiste attire également l’attention sur l’éventuelle alliance énergétique États-Unis – Venezuela, qui pourrait affaiblir l’OPEP et réduire la cohésion du cartel, contraignant les pays membres à ajuster leurs quotas pour stabiliser le marché. Dans ce scénario, l’Algérie se retrouverait face à une double contrainte : réduire ou geler sa production tout en subissant une baisse de ses revenus.
L’Algérie face à la coordination internationale
Malgré ces incertitudes, l’Algérie dispose d’atouts. Elle entretient de solides relations avec les majors américaines — ExxonMobil, Chevron et Conoco Phillips — avec lesquelles plusieurs contrats ont récemment été signés pour développer l’amont pétrolier et gazier, y compris en offshore.
Dans ce contexte, une visioconférence s’est tenue dimanche entre les ministres de l’Énergie du groupe des huit pays de l’OPEP+. Mohamed Arkab, ministre des Hydrocarbures et des Mines, y a participé aux côtés du PDG de Sonatrach et du directeur d’Alnaft.
Le ministère des Hydrocarbures a précisé que la réunion visait à suivre l’évolution du marché mondial et à renforcer la coordination entre les pays appliquant des ajustements volontaires de production. Mohamed Arkab a souligné l’importance de la vigilance et d’une coordination renforcée afin de préserver la stabilité des prix et la crédibilité de l’OPEP+.
Selon les prévisions de la banque américaine Goldman Sachs, le prix du pétrole devrait rester en dessous de 60 dollars en 2026, autour de 56 dollars le baril, tandis que la production vénézuélienne devrait se maintenir à 900.000 barils par jour, confirmant la stabilité relative de l’offre malgré la crise.
Par : S.A.B.







