Les camionneurs de la wilaya d’Annaba ont poursuivi, hier, leur mouvement de grève pour le 4e jour consécutif, maintenant leur arrêt de travail au même emplacement où ils stationnent habituellement leurs véhicules, afin de dénoncer le nouveau projet de code de la route et réclamer son annulation.
Ce rassemblement, qui s’inscrit dans un mouvement de protestation plus large observé à l’échelle nationale, a toutefois été dispersé par les services de la Sûreté, selon plusieurs témoignages de conducteurs concernés.
Des rencontres sans issue avec les autorités locales
Il est à noter que les représentants des grévistes ont été reçus, avant-hier (lundi), par le wali d’Annaba, ainsi que par les directeurs des Transports et du Port. Toutefois, ces rencontres n’ont abouti à aucun terrain d’entente, car le dossier relève de décisions prises en dehors du cadre territorial de la wilaya.
Ce mouvement de protestation reflète une inquiétude grandissante au sein des professionnels du transport de marchandises, qui estiment que certaines dispositions du nouveau texte constituent une menace directe pour leur avenir professionnel et leur stabilité sociale. Les chauffeurs grévistes dénoncent notamment le durcissement des sanctions prévues par le projet de loi, évoquant des peines pouvant aller, selon eux, jusqu’à 10 ans d’emprisonnement en cas d’infractions jugées graves. Des mesures jugées excessives et disproportionnées par les protestataires, au regard de la nature de leur activité, souvent exercée dans des conditions difficiles et marquée par des risques quotidiens indépendants de leur volonté.
Les chauffeurs expriment ainsi leur crainte de voir de nombreux professionnels quitter définitivement le secteur du transport de marchandises, afin de préserver leurs familles des conséquences judiciaires potentielles. Plusieurs d’entre eux soulignent que certaines infractions peuvent résulter de l’état dégradé des routes ou de pannes mécaniques imprévues, plutôt que d’un comportement dangereux ou irresponsable.
Routes dégradées et charges en hausse
Au-delà de l’aspect législatif, les protestataires dénoncent également des difficultés professionnelles persistantes, à commencer par la flambée des prix des pièces de rechange et la prolifération de produits contrefaits et de mauvaise qualité sur le marché, qui alourdissent considérablement les coûts de maintenance des véhicules. Les chauffeurs pointent aussi du doigt l’état jugé dégradé de nombreux axes routiers, en particulier ceux connaissant un trafic intense de poids lourds. Selon eux, l’absence de réhabilitation régulière des routes contribue à l’usure prématurée des camions, augmente le risque d’accidents et expose injustement les conducteurs à des poursuites judiciaires pour des défaillances souvent liées aux infrastructures plutôt qu’à une conduite imprudente.
Ce mouvement local intervient alors que, sur le plan national, le ministère de l’Intérieur a récemment indiqué que le texte du nouveau code de la route, bien qu’adopté par l’Assemblée populaire nationale, demeure ouvert à l’enrichissement dans le cadre de son parcours législatif, notamment lors de son examen prochain par le Conseil de la nation. Une annonce qui n’a toutefois pas suffi, pour l’heure, à apaiser les inquiétudes des transporteurs, déterminés à maintenir la pression jusqu’à l’obtention de garanties concrètes.
Par : I.S







