L’envoi de détachements de l’Armée nationale populaire (ANP) à l’étranger, notamment au Niger, ne suscite pas de rejet de principe chez les partis d’opposition. Le RCD, le FFS et Jil Jadid reconnaissent la nécessité pour l’Algérie de protéger ses intérêts stratégiques et de faire face aux menaces dans la région. Mais les trois formations critiquent les conditions dans lesquelles cette décision a été soumise au Parlement, dénonçant le manque de concertation et l’absence d’un véritable débat.
Ainsi, si les partis d’opposition ne remettent pas en cause, dans son principe, la nécessité de défendre les intérêts du pays, ils estiment qu’une décision aussi importante aurait dû être précédée de discussions permettant d’en examiner les objectifs, les risques et les conséquences.
Le FFS fait selon lui, la distinction entre le fond et la forme. Sur le fond, il juge nécessaire d’adapter la doctrine de défense aux nouvelles réalités régionales, notamment à l’instabilité qui touche le Sahel. Le renforcement des capacités militaires et du renseignement, la sécurisation des frontières et la protection des intérêts vitaux de l’Algérie sont, à ses yeux, des priorités, comme il l’a indiqué dans un communiqué. Mais le parti a choisi de s’abstenir pour dénoncer les conditions de convocation de la session, organisée, a-t-il fait remarquer, « sans communication préalable de l’ordre du jour ni concertation avec les formations politiques représentées au Parlement ».
Pour le FFS, « les parlementaires ne peuvent pas être réduits à un simple rôle de validation ». « Ils doivent disposer des informations nécessaires pour comprendre les enjeux et se prononcer en connaissance de cause », a-t-il affirmé. Le consensus sur les questions de souveraineté et de sécurité, souligne le parti, « se construit par le dialogue et le respect des institutions, et non au dernier moment ».
Le RCD, tout en réaffirmant son attachement à la souveraineté nationale et à la protection des frontières, estime qu’un engagement militaire à l’étranger ne peut être ni approuvé automatiquement ni rejeté par principe. Il doit reposer sur des objectifs précis et une évaluation sérieuse des risques pour l’Algérie et la stabilité de la région.
Le parti regrette, lui aussi, que « les députés n’aient pas été informés à l’avance de l’ordre du jour ». Selon lui, « cette façon de procéder empêche un véritable examen de la décision et réduit le Parlement à une simple chambre d’enregistrement », a-t-il affirmé, pour sa part, dans un communiqué.
De son côté, Jil Jadid insiste sur la nécessité de « définir clairement les objectifs et les limites de la mission ». Le parti considère que la protection des intérêts algériens au Niger, notamment les investissements énergétiques et les projets de coopération, est légitime. Il cite en particulier les équipes et les projets de Sonatrach, dont la sécurité peut relever de la défense des intérêts nationaux. Mais il met en garde contre tout élargissement de la mission au-delà de son objectif initial.
Jil Jadid estime également que le vote du Parlement ne doit pas marquer la fin du contrôle institutionnel. « Les moyens engagés, les risques encourus et les conditions de fin de mission doivent pouvoir faire l’objet d’un suivi, dans le respect des exigences liées à la défense nationale », a-t-il indiqué.
A cet effet, malgré leurs différences, les trois partis se rejoignent donc sur un point essentiel : défendre les intérêts de l’Algérie ne dispense pas les institutions de débattre des décisions qui engagent sa sécurité.
Par : Elyas Abdelbaki









