Du mésusage des plantes médicinales aux risques que peuvent présenter certains cosmétiques artisanaux, le 5ᵉ Séminaire international de toxicologie, organisé du 27 au 29 octobre à l’hôtel Sabri d’Annaba, entend interroger les pratiques du quotidien dont les effets sur la santé restent parfois méconnus. Cette rencontre scientifique mettra notamment l’accent sur les habitudes de consommation, le recours aux médecines parallèles et l’enjeu d’une meilleure information du public face aux risques potentiels.
Placée sous le thème « Pratiques traditionnelles, risques et impact sanitaire », ce rendez-vous scientifique réunira des universitaires, des médecins, des pharmaciens et des spécialistes de la toxicologie autour de problématiques qui concernent directement la santé publique. L’objectif est de mieux comprendre les conséquences de pratiques courantes, d’identifier les risques associés à leur utilisation et de promouvoir une information fiable auprès des consommateurs.
Organisé par le Centre de toxicologie et la faculté de médecine de l’université Badji Mokhtar d’Annaba, en collaboration avec la Société scientifique algérienne de toxicologie (SSATOX) et l’Association nationale des pharmaciens algériens (ANPHA), cette rencontre s’inscrit dans une démarche de prévention et de partage des connaissances scientifiques.
Dès lors, une question se pose : quelle place toutes ces pratiques médicinales occupent-elles aujourd’hui dans la société algérienne et quelles peuvent être leurs répercussions sur la santé publique ?
Phytothérapie : des risques liés à une utilisation inadaptée
Le recours aux plantes médicinales reste profondément ancré dans les habitudes de soin. Infusions, décoctions et préparations traditionnelles sont fréquemment utilisées pour soulager différents symptômes, parfois sans avis médical. Si certaines plantes possèdent des propriétés reconnues, leur caractère naturel ne garantit toutefois ni leur innocuité ni leur efficacité dans toutes les situations.
Le dosage constitue l’un des principaux facteurs de risque. Une consommation excessive, une préparation inappropriée ou une association avec d’autres substances peuvent provoquer des effets indésirables, voire des complications. Les interactions avec les médicaments représentent également un enjeu important, notamment pour les patients suivant un traitement régulier.
D’autres difficultés concernent l’identification des espèces végétales, la qualité des produits commercialisés et leurs conditions de conservation. Une plante mal identifiée ou une préparation dont la composition est incertaine peut exposer le consommateur à une toxicité difficile à anticiper.
La vigilance doit être renforcée chez les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques. Dans ces situations, l’automédication à base de plantes peut présenter des risques particuliers. Le recours à la phytothérapie doit donc s’accompagner d’une information fiable et, lorsque cela est nécessaire, de l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.
La deuxième journée, prévue le mercredi 28 octobre, sera consacrée notamment aux 2ème et 3ème séances portant sur les risques liés à la phytothérapie. Les échanges permettront d’examiner cette pratique à la lumière des connaissances toxicologiques et des exigences de sécurité sanitaire.
Cosmétiques traditionnels : mieux connaître les compositions
Les huiles, poudres, extraits végétaux et préparations artisanales occupent une place importante dans les habitudes de beauté. Transmis au sein des familles ou commercialisés par différents circuits, ces produits sont souvent appréciés pour leur origine naturelle et leur ancrage culturel. Pourtant, leur fabrication artisanale ne constitue pas une garantie de sécurité.
La composition, la concentration des ingrédients, les conditions d’hygiène et les méthodes de conservation influencent directement leur innocuité. Des substances irritantes, des contaminants ou des mélanges mal dosés peuvent entraîner des allergies, des réactions cutanées et d’autres effets indésirables. Ces risques sont plus difficiles à prévenir lorsque les ingrédients ne sont pas clairement identifiés ou que la traçabilité du produit fait défaut.
Les consommateurs doivent pouvoir connaître la composition des préparations, leurs précautions d’emploi et leurs éventuelles contre-indications. La provenance et les conditions de fabrication méritent également une attention particulière, notamment pour les produits appliqués sur une peau fragilisée.
L’enjeu n’est pas de remettre en cause les savoir-faire traditionnels, mais de favoriser leur utilisation dans des conditions plus sûres tout en limitant les risques pour la santé.
Les 4ème et 5ème séances, programmées mercredi 28 octobre, porteront sur la cosmétologie traditionnelle. Elles prolongeront les discussions sur les produits du quotidien et sur la nécessité d’évaluer leurs effets au-delà de leur réputation ou de leur mode de fabrication.
Occultisme : prévenir les pratiques dangereuses
L’occultisme figure également parmi les sujets abordés, en particulier lorsque certaines pratiques impliquent l’ingestion de préparations inconnues, l’application de substances potentiellement toxiques ou l’abandon de soins médicaux nécessaires.
Les personnes confrontées à des difficultés physiques ou psychologiques peuvent être vulnérables aux promesses de guérison non vérifiées. L’utilisation de mélanges dont la composition est inconnue et le retard dans la prise en charge d’une maladie peuvent alors entraîner des conséquences graves.
L’approche sanitaire consiste à identifier les dangers concrets sans confondre les croyances personnelles avec les comportements susceptibles de compromettre la santé. La prévention passe par une information rigoureuse, le recours aux professionnels de santé et le maintien des soins nécessaires.
Médecines parallèles : entre choix personnel et vigilance sanitaire
Face à une maladie persistante ou à des traitements difficiles à supporter, certains patients se tournent vers des médecines parallèles, en complément ou au détriment du suivi médical. Cette démarche soulève des questions importantes concernant l’accès à une information fiable et la protection des patients contre les promesses thérapeutiques non démontrées.
Les risques dépendent des méthodes employées. Certaines préparations présentent une composition incertaine, tandis que des pratiques dont l’efficacité n’est pas établie peuvent retarder un diagnostic ou conduire à interrompre un traitement indispensable. Le danger ne réside donc pas uniquement dans l’utilisation d’un produit, mais aussi dans les conséquences d’une prise en charge inadaptée.
Le dialogue entre patients et professionnels de santé reste donc essentiel afin d’être mieux éclairé, sans opposer systématiquement les traditions à la médecine conventionnelle.
C’est dans cette thématique que la dernière journée, jeudi 29 octobre, abordera la médecine parallèle lors des 6ème, 7ème et 8ème séances.
Thèmes libres à la croisée des regards scientifiques
Les communications libres clôtureront le programme, offrant ainsi aux participants l’occasion de présenter leurs travaux et de confronter leurs expériences tout en élargissant les discussions aux enjeux de prévention, d’évaluation toxicologique et de responsabilité professionnelle.
Entre préservation des savoir-faire et protection de la santé publique, l’évaluation scientifique, la traçabilité des produits et l’information des consommateurs constituent des éléments essentiels pour prévenir les risques et encourager des pratiques plus sûres.
Par : Sana A.K









