Pour stopper une « hémorragie » estimée à plus de 100 000 cas de fraude en seulement 45 jours, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné dimanche le versement exclusif de l’allocation touristique par carte bancaire.
Le rituel du retrait des billets de banque en devises aux guichets des aéroports et des postes frontaliers appartient désormais au passé. Le président Tebboune a donné des instructions lors du Conseil des ministres de dimanche, prévoyant le versement du droit d’allocation voyage, estimé à 750 euros, exclusivement par carte bancaire.
Cette décision intervient, selon le communiqué du Conseil, suite au constat de « dépassements graves ayant entraîné une fuite de devises, sans que les concernés ne bénéficient réellement de leur droit d’allocation pour les voyages à l’étranger ». Le communiqué ajoute qu’« il a été décidé, à titre temporaire, que l’obtention de ce droit (l’allocation) se fera par carte bancaire et ne sera pas octroyée en espèces, afin de limiter les dépassements enregistrés ».
En somme, une décision d’urgence qui sonne le glas des circuits informels. Aussi, cette transition radicale vers la monétique n’est pas une simple modernisation technique, mais une riposte structurelle face à un pillage organisé. Entrée en vigueur le 20 juillet 2025, la nouvelle allocation de 750 euros est rapidement devenue la cible de réseaux spéculatifs.
Quelques mois après, en décembre dernier, un scandale sur le détournement de cette allocation par des agences de voyages et des intermédiaires a éclaté. « Le ministre de l’Intérieur et des Transports Saïd Sayoud a révélé l’existence de 100.000 cas de fraude en 45 jours seulement », a fait rappeler hier TSA. Et d’ajouter que des enquêtes ont été lancées et des arrestations ont été opérées par les services de sécurité.
« Certains intermédiaires prenaient l’allocation touristique pour aller en Tunisie, avant de revenir illégalement en Algérie via les frontières terrestres et de vendre les devises sur le marché noir ou après les avoir remises à des trafiquants en Tunisie » , poursuit le site d’information.
Comment va fonctionner le dispositif ?
Le modus operandi des fraudeurs consistait à utiliser de faux prétextes de voyage — notamment vers la Tunisie par voie terrestre — pour empocher les devises en espèces avant de rebrousser chemin illégalement pour revendre l’argent sur le marché noir ou le remettre à des trafiquants.
Sur le plan administratif, la phase amont reste inchangée. Ainsi, le citoyen devra toujours introduire sa demande auprès de son agence bancaire au moins trois jours ouvrés avant son départ, muni de son dossier réglementaire (passeport, visa si nécessaire, et titre de transport). C’est au niveau de la mise à disposition des fonds que s’opère la rupture.
Une fois la contrevaleur en dinars réglée à la banque, les 750 euros (ou 300 euros pour les mineurs) seront directement injectés sur une carte de paiement internationale (Visa ou Mastercard) émise au nom du voyageur. C’est avec ce support magnétique que le citoyen devra régler ses frais d’hôtels, de transport et de subsistance à l’étranger, ou effectuer des retraits aux distributeurs (GAB) à sa destination.
Le site Maghreb Emergent (ME) a publié hier des indications sur la réalité des cartes bancaires e,n Algérie et ce que cela va couter aux voyageurs. Au Crédit populaire d’Algérie, la carte Visa Classic coûte 6 000 dinars par an, prélevés d’office sur le compte dinars, et n’est délivrée qu’aux clients titulaires à la fois d’un compte devise et d’un compte dinars, après quinze jours de délai en moyenne, précise ME. À la Banque de développement local, ajoute la meme source, la Visa BDL est facturée 4 000 dinars hors taxes à la commande pour deux ans de validité, avec ouverture obligatoire des deux comptes et une commission de 3,11 % sur chaque transaction convertie au cours officiel.
Société Générale Algérie affiche 4 500 dinars hors taxes par an pour sa Visa Classic et 8 000 dinars pour la Premier, selon sa brochure tarifaire de janvier 2025, auxquels s’ajoutent 1 % de commission sur les paiements en euros et 2 euros plus 1 % par retrait sur un distributeur à l’étranger. La Banque nationale d’Algérie, elle, ne facture pas d’abonnement prohibitif mais impose un solde permanent minimum de 8 000 dinars sur le compte chèque et de 100 euros sur le compte devises.
Ou trouver des cartes bancaires pour les devises ?
La Banque extérieure d’Algérie délivre sa Mastercard gratuitement, à condition, là aussi, de disposer d’un compte en devise alimenté. « Partout, le compte de devise reste le verrou. Il faut l’alimenter en euros ou en dollars, par virement de l’étranger ou par dépôt de billets, ce qui suppose d’avoir déjà des devises.
Pour toucher les 750 euros de l’État, il faudra d’abord prouver qu’on a des euros », fait savoir ME. Et d’enchainer : « Rapportés au salaire minimum, porté à 24 000 dinars depuis le 1er janvier par un décret présidentiel, les 6 000 dinars de cotisation du CPA représentent le quart d’un mois de SNMG. Sans compter les frais d’ouverture de compte et le temps passé en agence. »
L’analyse de ME va encore plus loin : « En verrouillant le versement sur la carte bancaire, les pouvoirs publics savent qu’ils dissuaderont une partie des candidats au voyage, précisément ceux qui alimentaient, de gré ou de force, les circuits de revente. »
D’ici là, les banques publiques, qui délivrent une carte internationale en quinze jours en moyenne, « vont devoir absorber la demande de millions de bénéficiaires potentiels. À trois semaines du pic des départs en vacances », conclu le site spécialisée en économie.
Par : Akram Ouadah











