Face à une baisse alarmante de la production qui a propulsé les prix à des niveaux historiques, la wilaya de Skikda passe à l’offensive pour sauver son produit-phare. À l’occasion de l’ouverture du festival annuel de la fraise, le wali, Saïd Akhrouf, a annoncé une mesure d’envergure : l’affectation, dès la saison prochaine, d’une assiette foncière de 100 ha issue du domaine forestier. Une bouffée d’oxygène pour les producteurs, destinée à étendre les surfaces cultivables, saturer le marché et prémunir cette culture emblématique contre le spectre du déclin.
Cette décision stratégique, saluée à l’unanimité par les professionnels de la terre lors de l’événement organisé à la place du 1er Novembre, intervient dans un contexte de crise de l’offre. Sur les étals du festival, qui a rassemblé 112 exposants, dont 38 fellahs, la rareté du produit s’est immédiatement répercutée sur les cours. La fraise de Skikda s’échange à un tarif record oscillant entre 600 et 800 DA/kg. Une flambée qui a dissuadé de nombreuses familles, ainsi que des visiteurs venus des wilayas limitrophes et de la capitale, réduits à de minimes achats pour une variété pourtant réputée pour ses qualités aromatiques uniques, mais hautement périssable.
Pour les producteurs locaux, le diagnostic est sans appel : sans extension des superficies globales, la filière ne pourra plus répondre à la demande nationale, ni maintenir sa viabilité économique. Les estimations de la direction des Services agricoles (DSA) tablent, cette saison, sur un rendement moyen de 60 quintaux par ha. Actuellement, le cœur de la production reste concentré dans la commune de Tamalous, qui maintient son leadership avec 25 ha répartis sur Sidi Mansour et Cheraïa, suivie de Stora, la Grande Plage (Skikda), Aïn Zouit et, dans une moindre mesure, Beni Bechir, Collo et Aïn Kechra.
L’intégration de ces 100 ha forestiers supplémentaires devrait profondément redessiner la cartographie de la fraisiculture à Skikda. Au-delà de la simple hausse mécanique des volumes récoltés, les exploitants et les consommateurs réclament un encadrement rigoureux de la distribution. L’objectif est de structurer le marché pour réguler des tarifs devenus prohibitifs pour les bourses moyennes et sécuriser les chaînes logistiques face à un fruit fragile.
En marge de ces enjeux économiques, la dimension patrimoniale reste entière. La commissaire du festival (également directrice de la Culture) a rappelé que cette culture fait partie intégrante de l’identité et de l’image de marque de la wilaya, générant une dynamique transversale qui englobe artisans, confiseurs et transformateurs (fabricants de jus et de confitures). Ce virage vers l’extension foncière initié par les autorités locales se présente ainsi comme le chantier prioritaire des prochaines années pour que la fraise de Skikda ne soit plus un produit de luxe éphémère, mais le moteur pérenne de l’économie agricole de la région.
Par : Amina A.












