Figure singulière de la littérature francophone contemporaine, Faïza Guène trace, livre après livre, une œuvre attentive aux existences discrètes et aux mémoires diffuses. Avec “La Discrétion”, récemment publié en Algérie aux éditions Dalimen, l’autrice poursuit une exploration plus intériorisée de ses thèmes de prédilection, à travers une écriture retenue qui, au fil des pages, laisse apparaître une densité émotionnelle particulière.
L’art du silence
Au cœur du roman ” La Discrétion” Yamina Taleb incarne une présence presque effacée, façonnée par l’exil et ses exigences. Très tôt, elle a appris à vivre selon une logique simple : ne pas déranger, ne pas exposer, protéger les siens par le silence. Cette posture, longtemps perçue comme une force, devient peu à peu une énigme pour ses enfants, qui peinent à saisir les contours d’un passé tenu à distance.
Faïza Guène déploie ici une narration tout en nuances où les silences ne sont pas des absences, mais des espaces chargés, traversés par l’histoire, la pudeur et une forme de dignité contenue.
Héritages en tension
À travers le regard d’une fratrie qui tente de recomposer le parcours de leur mère, le roman met en lumière les décalages entre générations. D’un côté, une mémoire marquée par la nécessité de se taire ; de l’autre, un besoin de dire, de comprendre, parfois de réparer.
Sans jamais céder à la démonstration, l’autrice interroge les mécanismes de transmission invisibles : ce qui se transmet sans mots, ce qui se transforme, et ce qui résiste. L’exil y apparaît moins comme un événement que comme une empreinte durable, inscrite dans les gestes, les silences et les choix de vie.
Une écriture en retrait
Révélée à 19 ans avec le roman “Kiffe kiffe demain”, Faïza Guène s’est d’abord imposée par une langue vive, nourrie d’oralité et d’humour. Avec La Discrétion, désormais disponible en Algérie, son écriture semble se déplacer : plus épurée, plus intériorisée, elle laisse affleurer une émotion discrète, presque suspendue.
Ce glissement ne marque pas une rupture, mais une continuité affinée. L’écrivaine reste fidèle à son attention aux trajectoires ordinaires, adoptant ainsi une distance qui donne à son récit une portée plus méditative.
Par : Sana A.K












