Certaines chaînes et acteurs du secteur auraient recours à l’achat de faux abonnés ou à des services connus sous le nom de « Click Farms », qui génèrent des interactions factices pour donner une illusion de popularité, souligne le gendarme de l’Audiovisuel.
L’Autorité de régulation de l’audiovisuel a publié, hier, un communiqué qui met en garde contre des pratiques trompeuses qui remettent en cause la transparence et la crédibilité du secteur audiovisuel. Ces pratiques, qui consistent à manipuler artificiellement les chiffres d’audience et d’interaction, « prennent de l’ampleur et risquent de bouleverser l’écosystème publicitaire et médiatique », alerte l’ANIRA.
Selon le communiqué, certaines chaînes et acteurs du secteur auraient recours à l’achat de faux abonnés ou à des services connus sous le nom de « Click Farms », qui génèrent des interactions factices pour donner une illusion de popularité. Un Click Farm ou ferme à clics est une pratique utilisée pour gonfler artificiellement les indicateurs de popularité sur Internet, comme les vues, les likes, les abonnés ou les interactions sur les réseaux sociaux et les plateformes de diffusion.
Une Click Farm est comme une usine à faux clics, créée uniquement pour manipuler l’apparence de popularité en ligne. Objectif : faire croire qu’un compte, une vidéo ou un site est très populaire pour attirer plus de public, séduire des annonceurs ou influencer des classements.
L’Autorité rappelle que ces méthodes constituent de la publicité trompeuse et peuvent avoir des conséquences économiques importantes. Elle souligne que les annonceurs, trompés par des chiffres d’audience manipulés, s’exposent à des investissements publicitaires inefficaces ou mal orientés, compromettant à la fois leur retour sur investissement et la crédibilité des chaînes.
Cette alerte s’inscrit dans un contexte où la concurrence entre chaînes et plateformes numériques est de plus en plus intense. Ainsi, la course aux audiences pousse certains acteurs à privilégier les chiffres spectaculaires au détriment de la qualité et de la transparence.
Fiabilité et audience
L’ANIRA fait savoir, par ailleurs, que les classements présentés au public comme « les plus regardées » peuvent devenir des instruments de manipulation, donnant une image déformée de la réalité médiatique et influençant les choix des consommateurs et des annonceurs.
Pour l’Autorité, il ne s’agit pas seulement d’un problème technique, mais d’un enjeu stratégique pour l’ensemble du secteur audiovisuel. Elle précise que la fiabilité des données d’audience est essentielle pour assurer la transparence, renforcer la confiance des annonceurs et protéger l’intégrité du marché.
Aussi, l’Autorité confirme qu’elle « prendra toutes les mesures réglementaires nécessaires pour sanctionner toute infraction et mettre fin à ces pratiques ». En perspective, la question dépasse la simple manipulation d’audience : elle touche au modèle économique du secteur audiovisuel. Si ces dérives se multiplient, elles risquent de déstabiliser le marché publicitaire, de créer une concurrence déloyale et de nuire à la perception du public, estiment des experts du secteur de l’audiovisuel.
Le communiqué publié hier par l’Autorité constitue donc un appel clair à l’ensemble des acteurs du secteur : la transparence et la rigueur dans le traitement des données ne sont pas des options, mais une exigence pour garantir la pérennité et la crédibilité du marché audiovisuel national.
Rappelons, par ailleurs, que l’ANIRA a sévi la semaine passée face aux dépassements constatés en matière de respect des créneaux publicitaires sur les chaines TV. Elle a annoncé avoir infligé une sanction financière à la chaîne Echorouk TV pour non-respect de la durée légale consacrée à la diffusion des messages publicitaires.
Dans un communiqué, l’Autorité a précisé que cette décision intervient dans le cadre de l’exercice de ses prérogatives légales en matière de régulation et d’encadrement de l’activité audiovisuelle.
La course à la pub
Elle a indiqué avoir auparavant adressé un avertissement à plusieurs chaînes de télévision concernées, les appelant à se conformer aux dispositions légales et réglementaires relatives à la publicité audiovisuelle, en leur accordant un délai de 72 heures à compter de la date de la notification, conformément à l’article 74 de la loi n°23-20 relative à l’activité audiovisuelle.
La même source explique qu’à l’issue de ce délai, l’autorité a procédé à l’examen des programmes diffusés par les chaînes concernées. Il en ressort que la plupart d’entre elles se sont conformées à la durée réglementaire de diffusion des messages publicitaires, conformément aux textes en vigueur. En revanche, l’instance a constaté que la chaîne Echorouk TV continuait à dépasser la durée autorisée pour la diffusion de la publicité, avec une répétition notable de cette infraction.
Cette situation a été considérée comme un non-respect de l’avertissement qui lui avait été adressé et une violation des dispositions légales encadrant ce domaine. En conséquence, et conformément aux dispositions de l’article 76 de la loi n°23-20, l’autorité a décidé d’imposer une amende à la chaîne pour non-respect des articles 58 à 62 du décret exécutif n°24-250, qui fixe les obligations générales applicables aux services de communication audiovisuelle.
Par : Akram Ouadah










