Dans L’Armée des frontières, à paraître aux éditions Maurice Nadeau en septembre 2025, l’écrivain Paul de Brancion explore un pan méconnu de la guerre d’indépendance algérienne : celui des services secrets, des infiltrations et des fidélités brouillées. À travers le parcours d’un personnage fictif, Ïssa Walther, il signe un roman qui se tient à la lisière du document historique et de la fiction littéraire.
Le récit, dont nous avons lu les bonnes feuilles, s’ouvre à Béchar, dans le sud de l’Algérie, où Ïssa enseigne le Coran à des enfants. L’atmosphère y est sereine, presque hors du temps. Mais très vite, l’intrigue prend une tout autre direction. Au Danemark, un professeur à l’identité troublée – né à Sidi-Ferruch d’une mère algérienne et d’un père allemand, élevé par un ancien légionnaire – apprend le décès de sa femme. Ce personnage, également appelé M. Walther, n’est autre que le maître coranique de Béchar.
Formé au renseignement à Heidelberg par les services allemands (BND), Ïssa devient agent dormant en Algérie. Sa mission : transmettre des informations aux réseaux de l’Est, et surtout, faciliter la désertion de légionnaires français vers les rangs du FLN. Pour ce fils d’Algérie, la cause ne fait pas débat : « Mourir ne me fait pas peur, vivre en vaincu, si », confie-t-il.
Le roman suit son parcours à travers une trentaine de chapitres brefs et dynamiques, alternant entre dialogues, scènes de terrain et introspections. Depuis sa formation jusqu’à son infiltration en territoire algérien via le Maroc, Ïssa croise plusieurs figures-clés, notamment Franz Vechta, inspiré de Si Mustapha Müller, célèbre déserteur allemand engagé aux côtés de l’ALN.
À Oran, il est reçu par le colonel Abdelhafid Boussouf, responsable du renseignement et figure centrale de l’appareil militaire algérien. Ce dernier valide son intégration. Envoyé à Béchar, Ïssa se fond dans son rôle d’enseignant coranique, tout en identifiant, au Café Vignaud, les légionnaires susceptibles de déserter.
Les textes spirituels de l’émir Abdelkader et les versets coraniques ponctuent le récit, conférant à Ïssa une épaisseur spirituelle inhabituelle dans un roman français sur la guerre d’Algérie. Blessé au cours d’une opération, il est soigné à Kenadsa, puis hébergé dans une pension où l’auteur évoque, en filigrane, la mémoire juive de la région.
Par : Aly D










