À El Kala, le silence du cimetière est troublé non pas par le tumulte des vivants, mais par l’état d’abandon dans lequel se trouvent les défunts : portes cassées, murets trop bas, ronces à perte de vue…
Le cimetière communal, pourtant lieu sacré par excellence, offre un visage désolant. Il semble que la dernière demeure des disparus ait été reléguée au rang d’un terrain vague où la sacralité a cédé la place à la négligence.
Dès les premiers pas dans ce lieu, le regard est confronté à une réalité implacable : désordre des tombes, végétation sauvage à foison, tombes affaissées, sentiers impraticables. L’impression de désolation l’emporte, et le recueillement devient presque impossible.
Dans la partie la plus ancienne du cimetière, en contrebas de la pente, les ronces, figuiers et herbes grimpantes forment une muraille naturelle qui étouffe littéralement les tombes. Le chemin s’efface sous la végétation, obligeant les visiteurs à contourner, voire à enjamber les sépultures pour atteindre celles de leurs proches.
Dans certains secteurs, quelques âmes charitables ont tenté de résister à l’abandon. Des groupes de bénévoles se sont mobilisés pour désherber, nettoyer, rouvrir les allées, et permettre un minimum de dignité à ceux qui viennent se recueillir. Grâce à eux, certains carrés du cimetière respirent encore la propreté et le respect. Mais ces efforts ponctuels, aussi louables soient-ils, ne suffisent pas à compenser l’absence criante d’un engagement durable des services communaux.
Le constat est amer : nos morts, que l’on croyait enfin en paix, reposent dans un désordre indigne. Le manque d’entretien, couplé à une saturation croissante, transforme ces espaces sacrés en zones de non-droit. Pire encore, certains usagers, sans scrupules, s’approprient des parcelles supplémentaires, grignotant les allées et entravant le passage, sans que les autorités n’y trouvent à redire.
Face à cette situation, la solution semble pourtant à portée de main : il faut d’abord procéder à un nettoyage complet, systématique et organisé des cimetières. Ensuite, il serait judicieux de rendre obligatoire l’entretien régulier des tombes aux familles elles-mêmes, à condition que les autorités locales garantissent les infrastructures de base : sécurité, accès, éclairage et encadrement.
Les lieux de repos éternel méritent mieux que l’oubli. Ils exigent respect, entretien et sacralité. Le cimetière d’El Kala, comme tant d’autres à travers le pays, attend qu’on lui rende sa dignité. Et ce n’est pas seulement une question d’hygiène ou d’image. C’est un devoir moral envers nos morts, une obligation collective qui engage la conscience de chacun et l’humanité d’une société toute entière.
Par : Aly D










