Perdue dans une localité forestière très dense, à la sortie Est d’El Ancer, dans ce qui est considéré comme l’ancienne grande daïra d’El Milia, à une quarantaine de kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Jijel, Beni Oudjahane sort, enfin, de son anonymat.
Pourtant, elle aurait pu occuper les devants de l’histoire et recevoir l’hommage qu’elle mérite pour avoir été le théâtre de l’un des plus atroces massacres qu’a connu la région durant la guerre de libération nationale. On daigne, enfin, 69 ans après, déterrer cette séquence d’une histoire chargée d’émotion, évoquant un crime resté occulté durant près de six décennies. Après toute cette longue période, la population locale, ou ce qu’il en reste, a eu droit à une rencontre dans cette localité pour rendre hommage aux victimes, une soixantaine de personnes, de ce massacre.
C’était, le 11 mai 1956, un jour de l’Aïd El-Fitr, et au moment d’accomplir la prière de cette fête religieuse, elles ont été surprises par des militaires qui débarquent sur les lieux. Le forfait n’a pas tardé à être commis dans des circonstances qui rappellent la barbarie coloniale. La mémoire locale évoque une matinée atroce et extrêmement pénible pour une population sans armes faces à des troupes coloniales motivés par le seul désire d’en finir avec des femmes et des hommes pour venger leurs morts.
Toutefois, et en dépit de son caractère barbare, ce crime a longtemps été relégué au second plan des récits d’histoire. Seuls quelques historiens algériens, mais aussi certains auteurs français, ont pris le soin de tenter d’élucider les conditions dans lesquelles il a été commis. Si certains déplorent l’oubli dont a fait l’objet ce crime, d’autres appellent à son inscription dans le registre des événements historiques de la guerre de libération nationale à célébrer dans la wilaya de Jijel.
En attendant que les autorités concernées prennent conscience de l’importance de retracer ce massacre dans tous ses détails, force est de reconnaître que le seul crime de Beni Oudjhane suffit, à lui seul, pour condamner la France coloniale.
Dans son livre de 224 pages, paru en 2013 sous le titre de «La source», l’historienne française, Claire Mouss-Copeaux, «relate un événement précis de la guerre d’indépendance algérienne, qui est le massacre de soixante-dix-neuf personnes (hommes, femmes et enfants) à Oudjhane, village de la presqu’île de Collo, à proximité d’El Milia, commis par le 4e bataillon des chasseurs à pied (BCP) le 11 mai 1956», selon un site français.
Cette historienne est connue pour utiliser les sources orales dans ses recherches, en plus des sources écrites, archives et documents administratifs. Dans sa recherche pour les besoins de cet ouvrage, elle a visité, en 2011, Beni Oudjhane, et est parvenue à recueillir des témoignages auprès de militaires français qui ont participé à ce massacre, en plus de celui d’un rescapé qu’elle a pu réunir via une vidéo sur la toile.
Par : Amor Z










