
Le Festival de Cannes s’ouvre sur une note poignante, celle d’un cinéma qui refuse de détourner le regard. Trois films, chacun à sa manière, brisent le silence autour de Ghaza et des conséquences de la guerre, en offrant des récits humains, politiques et profondément engagés.
Put Your Soul on Your Hand and Walk
Parmi les œuvres les plus attendues de cette édition figure le documentaire Put Your Soul on Your Hand and Walk, signé par la réalisatrice iranienne Sepideh Farsi et présenté dans la section ACID. Le film trace, à travers des échanges vidéo, le quotidien de la photojournaliste palestinienne Fatima Hassouna, témoin direct de la vie sous les bombes dans la bande de Ghaza.
Ce qui devait être un hommage à son courage est devenu une oraison funèbre. Le 16 avril dernier, Fatima Hassouna a été tuée, avec dix membres de sa famille, lors d’un bombardement israélien visant leur maison à Ghaza, un jour seulement après l’annonce de la sélection du film à Cannes. L’émotion a été vive. Le festival a réagi officiellement, exprimant sa solidarité avec les victimes et dénonçant la violence continue dans la région. La projection du film est désormais pensée comme un hommage à la mémoire de la photojournaliste, « victime comme tant d’autres de la guerre », selon les mots des organisateurs. Au-delà du tragique, Put Your Soul on Your Hand and Walk offre un regard intime sur la résilience des civils et leur capacité à maintenir un lien avec la vie, malgré le chaos.
Once Upon a Time in Ghaza
Dans la section Un Certain Regard, les frères jumeaux Tarzan et Arab Nasser dévoilent Once Upon a Time in Ghaza, une fiction qui plonge le spectateur dans le quotidien de la bande de Ghaza en 2007, bien avant les récentes vagues de destruction. Le film suit trois personnages, Yahya, Osama et un policier corrompu, dans une intrigue où trafics et survie se mêlent à une forme d’humour noir, presque désespéré.
Les réalisateurs, eux-mêmes originaires de Ghaza et déjà remarqués pour Ghaza mon amour, continuent d’élever les voix des jeunes Palestiniens enfermés dans l’enclave. Leur cinéma, profondément enraciné dans la réalité du territoire, allie tendresse, ironie et colère sourde. Déjà sélectionnés à Cannes en 2015 avec Dégradé, ils confirment ici leur capacité à mêler le politique à l’humain, et à restituer à Ghaza sa complexité, au-delà des seuls clichés de guerre.
Oui, l’après-7 octobre vu par Nadav Lapid
Défenseur des droits des Palestiniens, le cinéaste israélien, primé dans les Festivals de Cannes et Berlin Nadav Lapid est de retour avec Oui (Yes), présenté cette fois à la Quinzaine des Cinéastes. Ce nouveau long-métrage aborde frontalement l’après 7-octobre, jour de l’attaque du Hamas contre Israël, à travers l’histoire d’un musicien de jazz fauché, mandaté pour composer un nouvel hymne national.
Avec son regard critique sur la société israélienne, Lapid propose une allégorie grinçante, où la musique devient le terrain d’un conflit intérieur, entre identité, mémoire et propagande. Très éloigné de la ligne idéologique du gouvernement de Benyamin Netanyahou, le cinéaste poursuit son exploration d’une Israël fracturée, divisée entre aspirations artistiques et tensions politiques. Oui s’annonce comme un film à la fois personnel et résolument politique, fidèle au style engagé du réalisateur.
Trois films, trois récits, trois points de vue : le cinéma, à Cannes, se fait le relais d’histoires trop longtemps tues. Face au fracas des armes, ces œuvres affirment une vérité plus douce, mais tout aussi redoutable : celle des regards, des mémoires et de la dignité retrouvée.
Par : Aly D










