Sur les terres arides du Sahara, l’agriculture ne cesse de prospérer, portée par l’ingéniosité des cultivateurs, le soutien des pouvoirs publics et l’énergie d’une jeunesse de plus en plus impliquée. Des palmeraies ancestrales aux fermes bio dirigées par des femmes, El Oued devient un laboratoire à ciel ouvert d’une agriculture durable, inclusive et tournée vers l’avenir.
À El Oued, l’agriculture a su s’imposer contre toute attente comme une force motrice de développement économique et social. Alliant traditions ancestrales et technologies modernes, les cultivateurs font fleurir les dunes. Et dans cette révolution agricole, les femmes, les jeunes et l’agriculture biologique occupent une place de plus en plus affirmée.
Céréales, maraîchage et diversification
Mais El Oued ne se repose plus uniquement sur son héritage oasien. Grâce à l’irrigation par pivot et au forage de nappes profondes, parfois à plus de 2 000 mètres, la région s’est transformée en une vaste ceinture maraîchère. Pommes de terre, tomates, olives, betterave sucrière, canne à sucre, et même triticale (un croisement entre blé et seigle) y sont cultivés à grande échelle. À elle seule, El Oued produit 24 % des pommes de terre du pays.
Les rendements impressionnent : jusqu’à 75 quintaux de blé par hectare, un record pour une région désertique. Ce dynamisme a contribué à l’autosuffisance alimentaire de l’Algérie dans plusieurs filières agricoles.
Le bio, un pari encore fragile
Au-delà de la production intensive, une autre voie commence à émerger : celle de l’agriculture biologique. Des formations en biofertilisation et lutte naturelle contre les parasites sont dispensées aux agriculteurs de la région. Toutefois, les résultats sont contrastés. À Ourmas, commune d’El Oued, une étude montre que si 30 % des exploitations pratiquent une agriculture mixte (bio/conventionnelle), près d’un quart des projets agrobiologiques ont été abandonnés. En cause : un manque de débouchés commerciaux, des rendements incertains et une valorisation encore timide du label bio sur les marchés locaux.
Femmes du désert, pionnières du changement
Dans un monde agricole longtemps dominé par les hommes, des femmes prennent désormais les commandes. À Douaouda, deux jeunes femmes, Ibtissem Mahtout et Amira Messous, ont fondé une ferme écologique où fraises, tomates et oignons poussent sans produits chimiques. Leur initiative, saluée par les médias, casse les stéréotypes d’un secteur perçu comme exclusivement masculin.
Elles ne sont pas seules. À l’échelle nationale, près de 8 millions de femmes rurales contribuent à l’activité agricole et à la préservation de la biodiversité. Coopératives féminines, micro-entreprises agricoles, culture de plantes médicinales : elles prennent part activement à la transition vers une agriculture plus résiliente et équitable.
Les jeunes, moteurs de l’innovation agricole
Les jeunes jouent un rôle crucial dans la dynamique agricole d’El Oued. Des initiatives telles que la création de start-ups agricoles, l’adoption de technologies modernes et la participation à des programmes de formation spécialisés témoignent de leur engagement. L’École Supérieure d’Agriculture Saharienne d’El Oued (HSSAE) offre des formations adaptées aux défis du milieu désertique, attirant une nouvelle génération d’agronomes et de techniciens agricoles
L’État, catalyseur de la transformation agricole
L’État algérien a joué un rôle déterminant dans l’essor agricole d’El Oued. Des politiques publiques ambitieuses, telles que la loi 83-18 sur l’accès à la propriété foncière et le Programme National de Développement Agricole (PNDA), ont facilité l’accès à la terre et aux ressources pour les agriculteurs. De plus, des investissements massifs ont été réalisés dans les infrastructures d’irrigation, la formation professionnelle et la recherche agronomique, notamment à travers des partenariats avec des institutions nationales et internationales.
Par : Aly D










