Le 3 mai 1982, soit 337 jours après avoir miraculeusement survécu au crash du Falcon 20 C à 8 km de l’aéroport de Bamako au Mali, alors qu’il se dirigeait vers Freetown au Sierra Leone, le Grumman Gulfstream II de la Présidence de la République est abattu par un missile irakien pendant qu’il survolait la frontière irano-turque. Devant le tollé soulevé par cet assassinat, Saddam Hussein demandera à Salah Goudjil, le président de la commission d’enquête, « de veiller à préserver l’amitié entre les peuples algérien et irakien. ».[1] Outre Benyahia, il y avait en sa compagnie, 8 hauts fonctionnaires, un journaliste de l’APS et 4 membres de l’équipage.
Né à Jijel en 1932, le jeune Benyahia fera l’école primaire dans sa ville natale, avant de rejoindre le collège à Sétif, puis le lycée à Alger où il décrochera une licence en droit à l’université. Engagé dans la lutte contre le colonialisme, il est à l’issue du congrès de la Soumam en 1956, désigné membre suppléant du CNRA, Conseil national de la révolution algérienne, et accompagnera quelques années plus tard, en juin 1960, Ali Boumendjel pour les pourparlers de Melun et sera le plus jeune algérien lors des négociations d’Evian. Zohir Ihaddaden rapporte dans son témoignage recueilli par Clément Henri Moore que « Benyahia n’avait pas de bons rapports avec Ben Bella, mais il a cependant été nommé ambassadeur à Moscou. Il a alors pris contact avec moi, car il souhaitait que je devienne conseiller. J’étais d’accord, mais avec l’évolution politique de l’époque, j’étais aussi inquiet. Je n’ai pas voulu prendre de risque et je ne suis pas allé avec lui. Mes inquiétudes se sont avérées être fondées parce que Ben Bella s’est rendu à Moscou et a ignoré Benyahia lors de sa visite. C’est ainsi que Benyahia a présenté sa démission. »[2]. Après un passage par l’ambassade de Londres, le 24 octobre 1966, il est nommé par Boumediene à la tête du ministère de l’Information après avoir démis le 6 du même mois, Bachir Boumaza. Le 21 juillet 1970, il passe au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche Scientifique avant de rejoindre celui des Finances le 23 avril 1977, et enfin celui des Affaires étrangères le 8 mars 1979, où il excellera dans la pratique de sa vision de la « neutralité positive.» En 1981, il sera avec Rédha Malek et Mohamed Segheir Mostefaï, « l’homme clé » pour reprendre les termes d’une dépêche de l’AFP, de l’accord américano-iranien sur les otages américains détenus à Téhéran. Dans la même dépêche, on lira que « bien que n’ayant pas joué un rôle d’intermédiaire sur le terrain, M. Mohamed Benyahia, ministre des Affaires étrangères, a été l’homme clé de toute cette affaire, intervenant dans les moments les plus difficiles, notamment les derniers jours de négociation ”au fisnish”. » Un succès diplomatique d’envergure internationale. A Abdelaziz Boubakir, qui a rédigé ses mémoires, l’ex-président Chadli Bendjedid a révélé que s’il avait « six personnes comme Benyahia, j’aurais fait de l’Algérie une puissance régionale. »
Par : Fodil S.
[1] In El Watan du 24 mai 2017
[2] Combat et solidarité estudiantins, témoignages, Clement HENRI MOORE. Casbah Editions 2010










