Les habitants de la cité des Martyrs, à Zitouna, pensaient avoir traversé le plus dur en voyant s’éloigner les incendies qui menaçaient leurs foyers. C’était compter sans un autre fléau, plus insidieux : l’absence d’eau potable. Vendredi 24 juillet, dès 9 heures du matin, la colère a fini par déborder sur le bitume. Exaspérés par une coupure qui dure depuis des semaines, des dizaines de riverains ont bloqué la RN82, l’unique moyen pour eux d’obliger les autorités locales à rompre un silence devenu insupportable.
Dans cette commune frontalière de la wilaya d’El-Tarf, l’été 2026 s’apparente à une succession d’épreuves. Il y a quelques jours à peine, plusieurs familles devaient fuir précipitamment face à l’avancée des flammes.
C’est précisément dans ce contexte de canicule et d’angoisse que le manque d’eau a viré au drame quotidien. Privés de robinet, les habitants se sont retrouvés démunis, incapables de protéger leurs abords immédiats ou simplement d’assurer l’hygiène de base de leurs foyers.
Faute de service public, un marché parallèle de la survie s’est installé. Pour boire, cuisiner ou se laver, les ménages sont contraints de recourir à des camionneurs-citernes privés. Le tarif est sans appel : 3.000 DA pour une cuve de 3.000 litres, une quantité qui s’évapore en à peine trois (3) jours sous une chaleur accablante. Pour les revenus les plus modestes, l’achat systématique d’eau minérale achève de grever un budget familial déjà fragilisé par la crise.
Selon les témoignages recueillis sur place, la distribution par réseau est aux abonnés absents depuis plus de 15 jours dans le centre urbain, et dépasse les 25 jours d’interruption continue dans les mechtas environnantes. Une situation d’autant plus dure à accepter pour les citoyens que la wilaya d’El-Tarf figure parmi les régions les plus arrosées du pays. «Ce n’est pas la ressource qui manque, c’est la gestion», déplorent les manifestants. Si les puits et les cours d’eau permettent de pallier les carences du réseau durant l’hiver, le tarissement estival met à nu d’anciennes défaillances structurelles.
Le cas de Zitouna est loin d’être isolé. Une exaspération similaire gagne d’autres communes de la wilaya, à l’image d’Aïn Kerma, Bouhadjar, Oued Zitoun ou Hammam Béni Salah, où les mechtas subissent le même rationnement déguisé.
Face à ce qu’ils qualifient d’indifférence systématique des services de l’Algérienne des Eaux (ADE) et des élus locaux (APC et daïra) malgré de multiples requêtes écrites, les habitants ont choisi l’action directe. En entravant la circulation sur la RN82, ils espèrent interpeller directement le wali d’El-Tarf pour qu’un plan d’urgence soit déployé. Après avoir affronté le feu sans moyens, la population de la cité des Martyrs refuse, désormais, de plier sous la soif.
Par : Amina A.







