Le trafic de biens culturels en Algérie, qu’il s’agisse de monnaies anciennes, de manuscrits ou d’objets archéologiques, continue de prospérer malgré les opérations des forces de sécurité et les initiatives du ministère de la Culture.
En 2025, les services de sécurité ont intensifié la lutte contre ce phénomène qui menace le patrimoine national. Selon les bilans officiels, plusieurs centaines d’objets archéologiques, manuscrits anciens et pièces de monnaie ont été saisis au cours des neuf premiers mois de l’année, notamment dans les régions de Tébessa, Batna, Tlemcen et Adrar, zones riches en vestiges et cibles privilégiées pour les réseaux spécialisés.
Les dernières opérations de la Gendarmerie nationale et de la Direction générale des douanes révèlent une tendance inquiétante : les trafiquants opèrent désormais en petits groupes organisés et utilisent des itinéraires transfrontaliers pour écouler leurs pillages vers l’Europe et le Moyen-Orient. En avril 2025, plus de 200 pièces archéologiques d’époque romaine ont été récupérées à Tébessa, destinées à la Tunisie. À Tlemcen, en juin, des manuscrits religieux rares ont été interceptés avant leur passage vers le Maroc.
Les autorités signalent également une recrudescence du trafic intérieur, alimenté par des fouilles clandestines et la vente sur les réseaux sociaux. Ce commerce discret cible collectionneurs privés ou touristes, et les sanctions légales, bien que renforcées, ne semblent pas suffire à le freiner.
Le ministère de la Culture et des Arts multiplie les initiatives de sensibilisation. En partenariat avec l’UNESCO et Interpol, un plan national de protection du patrimoine a été lancé pour renforcer le contrôle des sites archéologiques et muséaux. Les formations destinées aux agents des douanes et de police ont été élargies pour faciliter l’identification des biens volés.
Pourtant, la prévention demeure complexe dans un pays qui compte plus de 1 200 sites patrimoniaux, souvent isolés et mal protégés. Les autorités misent sur une coordination régionale accrue et discutent avec les pays voisins de mécanismes d’échange d’informations et de traçabilité des objets récupérés. Un projet de loi visant à durcir les sanctions contre les trafiquants devrait également être présenté prochainement.
Malgré ces efforts, le trafic illicite persiste, soutenu par la demande internationale. Pour les défenseurs du patrimoine, il s’agit d’un enjeu identitaire : préserver les traces matérielles de l’histoire algérienne face à un commerce clandestin qui efface silencieusement des pans entiers de mémoire collective.
Par : Aly D









