Face à des années de dysfonctionnements et de promesses non tenues, la wilaya mise sur un appel d’offres pour l’exploitation de 165 véhicules. Un premier pas prudent, entre espoirs de fluidité et scepticisme des usagers.
La direction des Transports d’Annaba a lancé les 9 et 10 juin, un double appel d’offres pour l’exploitation de nouvelles lignes urbaines, suburbaines et interwilayas. Objectif affiché : répondre à une pénurie chronique de moyens de transport et désengorger un réseau saturé. Mais, entre scepticisme populaire et promesses administratives, le chantier s’annonce délicat.
Cette démarche fait suite au meeting du 20 mars, organisé dans un contexte de pression croissante.Depuis des années, les usagers dénoncent un manque flagrant de véhicules, à l’origine de retards chroniques, de sureffectifs aux arrêts et d’une détérioration généralisée des conditions de transport. Face à cette situation devenue intenable, la direction des Transports a ouvert la voie à de nouveaux exploitants privés, appelés à déposer leurs dossiers au plus tard le 17 juin prochain.
137 véhicules pour les lignes locales et rurales
Sur les 165 véhicules concernés par cet appel, 137(un mélange d’autobus et de minibus) sont destinés aux lignes intra-wilaya. Ces dessertes, souvent ignorées ou mal desservies, couvrent les segments urbains, suburbains, intercommunaux et ruraux. Les points de départ sont répartis sur huit (8) daïras: Annaba, El Bouni, El Hadjar, Sidi Amar, Berrahal, AïnBerda, DraâErrich et Chetaibi.
L’approche adoptée semble viser une couverture indirecte des zones périphériques.Certains itinéraires imposeront aux exploitants de dépasser les terminus classiques deux fois par jour, matin et soir, pour desservir des zones enclavées, jusqu’ici marginalisées.
28 engins pour l’interwilaya… un défi de taille
Les 28 véhicules mixtes destinés aux lignes interwilayas seront répartis sur plusieurs axes indépendants reliant Annaba à différentes villes du pays : El Asfour, Ben M’hidi, Bouhadjar, El Besbes, Guelma, Souk-Ahras, Jijel, Skikda, Collo, Constantine, Sétif, Tébessa et Echatt.
Si cette initiative vise à élargir l’offre de transport et à désengorger les gares routières, elle s’inscrit dans un contexte marqué par un manque chronique de suivi et par la vétusté du réseau routier national, autant de facteurs susceptibles de compromettre la régularité et la viabilité de ces dessertes.
Une réponse tardive à un mal structurel
En lançant cet appel à exploitation, ladite direction ne propose pas une modernisation de façade, mais tente visiblement de répondre, enfin, à une demande populaire pressante, ignorée trop longtemps. L’absence prolongée de planification, le faible renouvellement du réseau et l’opacité dans l’attribution des lignes, ont provoqué une véritable désintégration fonctionnelle du service public de transport dans la wilaya. Cette ouverture à la concurrence arrive, donc, non comme une réforme, mais comme une correction.
Lucidité plutôt qu’optimisme
Loin d’un optimisme béat, l’opération soulève de nombreuses questions. Les opérateurs intéressés sont-ils en mesure d’assurer la régularité des dessertes? Les itinéraires obligatoires vers les zones reculées seront-ils réellement respectés? Et surtout, la direction des Transports a-t-elle les moyens de suivre, de contrôler et de faire appliquer les engagements du cahier des charges?
À l’épreuve des faits, seule une amélioration tangible de l’expérience des usagers pourra faire oublier les promesses sans suite et le désintérêt passé.
Par : Mahdi AMA












