Il est des artistes qui peignent des paysages. D’autres racontent une époque. Souhila Bel Bahar, elle, a consacré sa vie à faire naître un univers où la femme, la nature et la lumière ne font plus qu’un. Figure majeure de l’art algérien contemporain, elle appartient à cette génération de pionnières qui ont ouvert la voie aux femmes artistes dans une société où exercer le métier de peintre relevait encore du défi.
Née dans un milieu profondément attaché à la culture arabo-musulmane, elle découvre très tôt le dessin. À huit ans déjà, le crayon devient son langage. Autodidacte, elle construit son regard loin des académies, nourri par les livres d’art et l’étude des grands maîtres. Sa première exposition, en 1971, marque le début d’un parcours qui ne cessera de s’affirmer.
Encouragée par l’historien Ahmed Taoufik El Madani, Souhila Bel Bahar impose peu à peu une écriture picturale singulière. Dès les premières années de l’indépendance, elle participe, aux côtés de Baya, Aïcha Haddad et d’autres « chevalières du pinceau », à l’émergence d’une nouvelle scène artistique féminine. Leur combat dépasse la création : il s’agit aussi de faire reconnaître la place des femmes dans le paysage culturel algérien.
Sa signature artistique prend forme avec les « Femmes Pétales », silhouettes élancées et aériennes qui peuplent ses toiles depuis les années 1960. À travers elles, la féminité devient un souffle, une présence presque végétale où les corps se mêlent aux fleurs, aux oiseaux, à la musique et aux couleurs. Son œuvre célèbre la maternité, la danse, la poésie, les paysages et le patrimoine, dans une palette vibrante où chaque nuance semble porter une promesse de vie.
Curieuse et infatigable, Souhila Bel Bahar explore également l’abstraction, la céramique, la sculpture et l’écriture. Bien avant que les questions écologiques ne deviennent centrales, elle fait de la préservation de la Terre un véritable engagement artistique, notamment avec son installation sculpturale La Mer(e) Méditerranée, manifeste sensible en faveur de l’environnement.
Son rayonnement dépasse largement les frontières nationales. Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les collections permanentes du Musée national des beaux-arts d’Alger, du Musée Dinet de Bou Saâda, de l’Institut du monde arabe à Paris ainsi que de la Barjeel Art Foundation à Sharjah. Le Musée national des beaux-arts d’Alger lui consacre d’ailleurs deux grandes rétrospectives, en 1984 puis en 2000.
Artiste complète, elle dessine également des timbres-poste, dont celui consacré à l’Année internationale de l’enfance en 1979. Son illustration Hommage à nos mères est choisie par l’UNICEF pour devenir une carte de vœux internationale en 1983, donnant à son œuvre une visibilité mondiale. Récompensée à plusieurs reprises, elle demeure aujourd’hui l’une des grandes doyennes de la peinture algérienne.
En 2016, sa fille, Dalila Bel Bahar-Hafiz, lui consacre un ouvrage biographique au titre évocateur, Il pleut des jasmins sur Alger. Une image qui résume sans doute le mieux l’œuvre de Souhila Bel Bahar : une pluie de couleurs, de grâce et d’espérance tombée sur plusieurs générations d’amateurs d’art.
Par : Aly D







