Depuis le 28 janvier, des rafales supérieures à 100 km/heure balaient la côte. La tempête se poursuit au moment ou nous mettons sous presse et la peur des effondrements reste palpable dans les habitats précaires
La tempête orchestre des scènes identiques dans les ruelles serrées. Les poteaux électriques ploient, puis cassent et tombent au travers des voies, isolant des îlots entiers et retardant l’accès des secours. Des tôles arrachées claquent contre les façades et brisent des vitres. L’électricité saute au moindre souffle violent et ne revient parfois que plusieurs heures plus tard, plongeant des foyers dans l’obscurité au moment où ils tentent de consolider un toit ou d’abriter un enfant. L’eau s’infiltre par des joints mal faits, les plafonds saturés ploient, puis s’effondrent sur les lits et les meubles. Toute la paperasserie, les vêtements et les rares effets ménagers, finissent détrempés ou broyés. Au petit matin, les rues ressemblent à des chantiers de récupération, jonchées de branches déracinées, de tôles et de débris. Quelques heures suffisent à transformer un abri en piège.
Ce que vivent les habitants éclaire la racine du problème. L’occupation informelle répond à un déficit de logement et à l’incapacité des politiques publiques à absorber une demande croissante. Les maisons se montent par assemblage et non par fondation. Toits posés sur chevrons de récupération, murs en plaques ou en bois, huisseries absentes, branchements électriques ad hoc composent la trame matérielle des bidonvilles. Cette architecture de survie cède rapidement face aux rafales. Quand un poteau cède, quand une tôle devient projectile, la faiblesse structurelle se mue en danger immédiat. L’eau, les moisissures et l’absence d’assainissement aggravent des risques sanitaires déjà sensibles chez les enfants et les personnes âgées.
Sur le terrain, les scènes se succèdent dans des secteurs comme Sidi Salem, Hadjar Eddis, El Bouni, la localité dite El Qarya à Sidi Amar et El Qadissia à Hay El Abtal. Les familles improvisent des réparations entre deux tempêtes. Elles clouent, arment, posent des bâches et partagent leurs logements pour protéger les enfants et les personnes âgées. Chaque rafale transforme les maisons fragiles en pièges, et la lutte pour préserver ce qui reste devient un rituel hivernal incontournable.
Les secours multiplient les sorties. La protection civile dégage des axes, sécurise des façades dangereuses et pose des mesures provisoires. À titre d’intervention ciblée, les services communaux de Tréat ont relogé en urgence trois familles issues d’habitations fragiles vers une tranche de 200 logements sociaux, après finalisation des procédures administratives et sur instruction des autorités locales sous l’autorité du wali. Ce transfert illustre qu’un relogement est possible quand les dossiers sont prêts et les moyens mobilisés. Il montre aussi la limite du rythme de l’action publique face à l’étendue des poches informelles qui demeurent exposées aux vents.
La violence météorologique actuelle n’est ni inédite, ni isolée. Chaque hiver recrée la même mécanique de bricolage et d’urgence. La wilaya a mené des campagnes de résorption et relogé des dizaines de familles, réduisant la vulnérabilité de certains quartiers. Ces progrès sont tangibles, mais demeurent insuffisants. Tant que la cadence des relogements et des consolidations ne s’accélérera pas, des dizaines d’autres foyers continueront d’alterner réparations provisoires et attente d’une aide qui tarde.
Par : Mahdi AMA






