Dans « Mon nom est dupe », paru aux éditions Frantz Fanon, Mansour Kediri propose une réflexion sur la manière dont les individus peuvent être entraînés, parfois malgré eux, dans des systèmes qui les dépassent.
Au centre du récit se trouve Kada, personnage ordinaire dont le parcours épouse les contradictions d’une société traversée par les crises et les rapports de force. D’abord simple apprenti dans un débit de boissons, il gravit progressivement les échelons d’un univers où se côtoient responsables influents, affairistes, militaires et intermédiaires de tous horizons. À mesure qu’il se rapproche des cercles du pouvoir, il croit accéder à un monde auquel il n’appartient pourtant pas.
L’auteur construit ainsi une galerie de personnages dont les ambitions, les calculs et les alliances dessinent les contours d’une société où les apparences comptent souvent davantage que les convictions. Derrière les discours et les postures se révèle un système fondé sur les intérêts personnels, les arrangements et la recherche du pouvoir.
Sans céder à la tentation de la chronique historique ou du récit spectaculaire, Mansour Kediri privilégie l’analyse des comportements humains. La violence demeure en arrière-plan, comme une présence constante qui influence les choix des personnages sans jamais occuper tout l’espace narratif. Ce parti pris permet au roman de dépasser le simple témoignage.
L’une des forces du roman réside dans cette capacité à montrer comment un homme ordinaire peut devenir le jouet d’intérêts qui le dépassent. Kada n’est ni un héros ni un véritable acteur des événements. Il est avant tout le symbole d’une naïveté exploitée par ceux qui maîtrisent les rouages du système. Son itinéraire prend alors une dimension universelle et donne au titre du livre toute sa portée.
Chercheur associé au CRASC, professeur à l’École supérieure d’économie d’Oran, juriste et politiste de formation, Mansour Kediri poursuit avec ce sixième roman une œuvre attentive aux transformations de la société et aux enjeux du pouvoir. À travers la fiction, il explore une nouvelle fois les zones d’ombre de la vie publique et les conséquences qu’elles peuvent avoir sur les trajectoires individuelles.
Roman de la désillusion autant que de la lucidité, « Mon nom est dupe » invite le lecteur à réfléchir aux héritages laissés par une période tourmentée et aux leçons qu’il reste encore à en tirer.
Par : Aly D











