La laryngectomie totale : Nouvelle voix, nouvelle vie

Par : Facih Roumaïssa*

Actuellement la meilleure option pour améliorer le pronostic d’un cancer du larynx, la laryngectomie est toujours mal comprise, et donc mal prise en charge par la suite.

 Le larynx : l’organe de la voix

Faisant partie de l’appareil respiratoire, le larynx est le conduit qui relie la gorge à la trachée qui mène aux poumons. Les cordes vocales sont 2 bandes de muscles situées au milieu du larynx et qui sont responsables de la production des sons et de la parole, lorsqu’elles sont traversées par l’air, elles vont produire un son grâce à une ouverture et une fermeture rythmique.

Le larynx intervient également dans la déglutition empêchant les aliments de passer dans la trachée et joue un rôle important dans la respiration, étant l’intermédiaire du passage de l’air venant du nez et se dirigeant vers les poumons. En effet, le nez ne se contente pas uniquement de l’olfaction, mais il veille également sur le bon déroulement de la fonction des poumons en réchauffant, humidifiant et filtrant l’air inspiré, qui sans lui, est plus froid et moins humide qu’il ne faudrait.

Le cancer du larynx

Le cancer du larynx représente 3,5% des tumeurs malignes diagnostiquées annuellement. Le tabagisme et la consommation régulière d’alcool constituent les facteurs de risque principaux de sa survenue, ce risque est particulièrement plus élevé lorsque ces deux-là sont associés.

Dans la majorité des cas, le premier symptôme de cette maladie étant la dysphonie chronique, c’est-à-dire un enrouement dû à la présence d’une lésion au niveau des cordes vocales qui dure depuis plus d’un mois, il peut aussi y avoir des troubles de la respiration (une dyspnée) et des troubles de la déglutition (une dysphagie) avec une perte de poids et des maux de gorge.

Le diagnostic sera posé après une biopsie et une étude anatomopathologique du tissu suspect faisant déterminer la nature et le stade de la tumeur si elle existe. Quant au traitement, il peut se faire par radiothérapie, chimiothérapie ou chirurgie notamment la laryngectomie.

Qu’est-ce qu’une laryngectomie ?

Cette intervention pratiquée pour la première fois en 1873, désigne l’ablation du larynx de façon totale ou partielle (uniquement la partie touchée) selon le stade évolutif du cancer. Cela va entraîner des changements irréversibles dans le quotidien du patient à savoir sa voix, sa respiration et sa façon de déglutir. La laryngectomie peut améliorer indéniablement le pronostic des stades localement avancés mais opérables des cancers des voies aériennes.

Une nouvelle manière de respirer

L’ablation du larynx est synonyme de la perte de la fonction nasale car en retirant cet organe, on va court-circuiter le passage de l’air à travers le nez vers les poumons qui s’en trouvent affectés et il va y avoir comme conséquence une surproduction de mucus.

La respiration se fera désormais à travers un orifice au niveau de la base du cou qui s’appelle le trachéostome sans passer par les voies aériennes supérieures.

Réapprendre à parler

Retirer les cordes vocales qui font partie intégrante du larynx signifie perdre la source de sa voix naturelle et le changement irrémédiable de la manière de parler.

Il existe plusieurs manières de reprendre le pouvoir de la parole, notamment la voix œsophagienne. L’électro-larynx et la prothèse phonatoire, cette dernière est la méthode la plus utilisée, il s’agit d’un petit dispositif en silicone inséré pendant ou après une laryngectomie et placé entre l’œsophage et la trachée, elle s’ouvre à la parole et se ferme lorsqu’on mange ou respire afin d’empêcher une fausse route c’est à dire le passage d’aliments dans la trachée. Quand l’air expiré passe par la prothèse phonatoire vers l’œsophage, les tissus vibrent et produisent un son, c’est la voix trachéo-œsophagienne.

Quant à la technique de la voix œsophagienne, elle sera enseignée par un orthophoniste et se perfectionnera avec l’usage, différente de la voix naturelle mais permet de retrouver une activité sociale et professionnelle plus ou moins normale.

Comment s’adapter à tous ces changements ?

Comme dans chaque maladie invalidante, l’aide de l’entourage est primordial ! Une personne ayant subi une laryngectomie et suite aux changements organiques qui en résultent, doit non seulement acquérir de nouvelles habitudes, mais elle a également le droit de bénéficier du support de ses proches sans que cela ne freine son autonomie. Il faut également résister à la tentation de traduire tout ce qu’elle dit afin de la laisser faire l’effort d’apprendre et d’améliorer sa nouvelle manière de parler. Après une période de convalescence respectée la reprise des activités antérieures est nécessaire.

La volonté s’impose !

Il faut garder à l’esprit que le cancer du larynx est une pathologie très fréquente en Algérie, ce qui fait que le nombre des sujets laryngectomisés est en augmentation considérable ; et si cette dernière s’impose, le malade doit avoir la volonté d’apprendre à nouveau certaines de ses fonctions car un malade qui a accepté la laryngectomie est un malade qui a choisi de vivre.

Membre du Club Averroès Faculté de Médecine Annaba*

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