Le service de prothèse dentaire du CHU d’Annaba vient de franchir une étape majeure en matière de soins, de formation et de recherche en implantologie. Pour la première fois dans un établissement public civil en Algérie, une thèse universitaire de troisième cycle consacre l’introduction et l’évaluation d’une technique novatrice : l’implantologie minimalement invasive (IMI).
L’événement marque une avancée remarquable dans le domaine de la médecine dentaire publique. La cheffe du service de prothèse dentaire du CHU d’Annaba, la professeure Latifa Merdes, se félicite de ce jalon scientifique et humain : «Ce travail de recherche, couronné par une thèse de doctorat, est le fruit de plusieurs années d’efforts collectifs, de planification rigoureuse et d’une volonté de faire progresser les soins aux patients.»
Une technique innovante
L’implantologie minimalement invasive vise à insérer des implants dentaires avec un minimum d’agression chirurgicale, sans incision ni suture, grâce à des guides chirurgicaux imprimés en 3D et une planification numérique poussée. Cette technique réduit considérablement la douleur postopératoire et favorise une récupération rapide. Elle s’adresse en particulier aux patients édentés, souvent âgés, qui ont des difficultés à stabiliser leurs prothèses amovibles classiques. «Depuis 2020, nous avons traité 45 patients, principalement d’Annaba et des wilayas limitrophes, comme El-Tarf et Guelma. Tous ont vu leur qualité de vie s’améliorer. «Certains ramènent même des membres de leur entourage, satisfaits des résultats», témoigne le docteur Mohamed Ali Hassini, auteur de la thèse.
C’est une première dans le secteur hospitalo-universitaire public civil en Algérie. Si des équipes militaires ont exploré cette technique, c’est la première fois qu’une structure publique universitaire initie, documente, et structure une telle pratique, jusqu’à sa reconnaissance académique.
La professeure Merdes rappelle que la médecine dentaire en Algérie comprend cinq spécialités. «Nous sommes le seul pays des BRICS avec ce nombre. Mais la prothèse dentaire reste souvent peu connue alors qu’elle est essentielle à la santé bucco-dentaire.»
Une dynamique collective et interdisciplinaire
L’instauration de cette nouvelle pratique a reposé sur une dynamique collective, mêlant cliniciens, universitaires, techniciens et institutions. À partir de 2019, l’équipe a planifié l’intégration de l’implantologie minimalement invasive au sein même du service, avec un plateau technique, des logiciels de simulation et des implants acquis par appels d’offres. La réalisation de scanners 3D, indispensables à la planification, a été rendue possible grâce à la collaboration du centre Yechfine.
Soins, formation et recherche : une triple mission accomplie
Ce projet coche les trois cases fondamentales de toute structure hospitalo-universitaire : le soin, la formation et la recherche. Il a permis à la fois d’améliorer les prothèses offertes aux patients en secteur public, de former des praticiens spécialisés dans une technique de pointe, et de produire une recherche inédite validée par l’université. La bibliothèque universitaire a délivré un certificat d’originalité pour cette thèse, preuve que ce travail est le premier du genre au niveau national dans un établissement public, souligne la Pre Merdes.
Des perspectives et des besoins
«Nous ne prétendons pas être leaders, mais nous avons posé une base solide. En revanche, pour élargir notre champ d’action, notamment aux prothèses fixes ou plus complexes, il nous faut davantage de moyens, un laboratoire, et des prothésistes formés. C’est une discipline budgétivore», reconnaît la Pre Merdes. Le projet est aussi un exemple de réussite de la coopération interdisciplinaire. Avec 45 patients déjà traités et une expertise reconnue, le CHU d’Annaba s’inscrit, désormais, comme un centre pilote de l’implantologie mini-invasive en Algérie. Un exemple à suivre.
Par : Aly D









