Le faible taux de participation aux dernières législatives n’est pas qu’une simple donnée statistique. Pour l’ancien ministre et ambassadeur Abdelaziz Rahabi, cette défection massive souligne une érosion profonde de la confiance entre le citoyen et ses institutions, menaçant, à terme, la cohésion nationale.
Le verdict des urnes, lors des dernières élections législatives, a confirmé une tendance lourde : l’abstention. Un taux de participation que beaucoup qualifient de plus faible depuis l’indépendance. Pour Abdelaziz Rahabi, cette lecture purement arithmétique serait une erreur d’analyse. « Il ne faut pas réduire ce phénomène à de simples chiffres », prévient-il dans un post publié dimanche sur sa page ; appelant à regarder ce que ces résultats révèlent en creux de la société algérienne.
Pour l’ancien diplomate, ces résultats sont l’aboutissement d’un processus qui s’est étiré sur plusieurs décennies : l’effritement du lien entre le peuple et des institutions censées le représenter, défendre ses intérêts et contrôler l’action gouvernementale.
Cette « crise de confiance » n’est pas un accident de parcours, mais le fruit d’une désaffection installée. Rahabi explique les causes de ce désintérêt, évoquant une « absence programmée de la vie politique partisane », un « verrouillage médiatique » et une « dévitalisation de la société civile ». Autant de facteurs qui, selon lui, ont rendu cette désaffection non seulement explicable, mais prévisible. Face au vide politique, la société a opéré une mutation, ajouyte-t-il.
La mobilisation sociale, autrefois portée par le débat politique, s’est aujourd’hui recentrée sur les urgences immédiates : les questions d’approvisionnement et du pouvoir d’achat. « C’est devenu la principale variable d’ajustement de la politique gouvernementale », note-t-il. Dans ce paysage en pleine reconfiguration, les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante, se substituant aux acteurs politiques traditionnels.
Vitalité politique
Ils agissent désormais en lieu et place des relais institutionnels, une dynamique qui, loin de renforcer l’État, témoigne d’un déphasage entre les canaux officiels et les préoccupations citoyennes. Le diagnostic d’Abdelaziz Rahabi pointe une nécessité vitale : il faut cesser de percevoir les partis politiques comme de simples « machines électorales ». Pour l’ancien ministre, les partis, aux côtés des syndicats et de la presse, sont des « acteurs institutionnels indispensables ».
Ils constituent les espaces naturels d’expression, de formation et de sensibilisation sans lesquels aucune nation ne peut se hisser à la hauteur de ses ambitions. L’alerte est ainsi lancée : ignorer ce désintérêt, c’est risquer de neutraliser les principaux leviers de mobilisation dont dispose l’État pour assurer sa cohésion interne. Face aux défis et aux menaces extérieures, Rahabi souligne que la vitalité politique n’est pas une option, mais le socle sur lequel repose la résilience d’une Nation.
Par : Akram Ouadah









