Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, est attendu demain à Alger pour une visite à forte portée énergétique et économique. Accompagné des dirigeants des principaux groupes gaziers espagnols, il entend sécuriser jusqu’à 1,8 milliard de mètres cubes supplémentaires de gaz algérien par an. Une demande qui intervient alors qu’Alger, redevenu un partenaire incontournable, aborde les discussions en position de force.
En provenance directe de New York, où il aura assisté à la finale de la Coupe du monde opposant l’Espagne à l’Argentine, Pedro Sánchez effectuera une visite très attendue dans la capitale algérienne. Ce déplacement revêt une portée symbolique, quatre ans après la crise diplomatique provoquée par le soutien de Madrid au plan marocain sur le Sahara occidental, qui avait conduit Alger à suspendre le Traité d’amitié et à geler une partie des échanges commerciaux.
Le Premier ministre espagnol sera accompagné de la troisième vice-présidente du gouvernement, Sara Aagesen, du ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares, ainsi que des responsables de Repsol, Naturgy, Moeve et Enagás, les principaux acteurs du secteur gazier espagnol. Des entretiens sont prévus avec le président Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Sifi Ghrieb et les milieux d’affaires.
Madrid veut accroître ses approvisionnements
Au cœur des discussions figure le renforcement des livraisons de gaz algérien. Le gazoduc Medgaz, reliant Beni Saf à Almería, transporte désormais près de 10,6 milliards de mètres cubes par an. Madrid souhaite obtenir entre 400 et 800 millions de mètres cubes supplémentaires via cette infrastructure.
À cette hausse s’ajouterait un volume compris entre 500 millions et un milliard de mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL), acheminé par méthaniers. L’objectif affiché est d’augmenter d’environ 10 % les importations espagnoles de gaz algérien.
Cette demande intervient alors que les exportations algériennes poursuivent déjà leur progression. Au premier semestre 2026, elles ont atteint 64 230 gigawattheures, en hausse de 4 % sur un an. Avec près de 34 % des importations espagnoles, l’Algérie a retrouvé sa place de premier fournisseur devant les États-Unis, tandis que l’Espagne demeure son deuxième client européen après l’Italie.
Une négociation aux enjeux multiples
Au-delà des volumes, les deux parties devront rapprocher des visions contractuelles différentes. Sonatrach, actionnaire majoritaire de Medgaz, privilégie des engagements fermes garantissant des revenus stables, alors que Madrid défend des contrats plus souples, adaptés à l’évolution des marchés et à l’utilisation de ses terminaux de regazéification.
Cette négociation intervient dans un contexte où le rapport de force s’est inversé. Malgré la crise diplomatique de 2022, l’Algérie n’avait jamais interrompu ses livraisons de gaz vers l’Espagne, limitant sa riposte à des mesures politiques et commerciales. Depuis, la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe ont renforcé l’intérêt stratégique du gaz algérien, plus stable et plus compétitif que le GNL.
La visite portera également sur les perspectives de coopération dans le solaire, l’hydrogène vert, les nouvelles technologies et certains secteurs industriels. Les deux pays tenteront enfin d’avancer sur plusieurs contentieux commerciaux concernant des entreprises espagnoles confrontées à des retards de paiement ou à des contrats en suspens, ainsi que sur les restrictions algériennes aux importations, qui demeurent un sujet de discussion avec l’Union européenne.
Par : S.A.B.











