Classée à la septième position mondiale, juste devant la mythique Route 66 qui célébrera son centenaire et l’île caribéenne de Saba, El Bahia bénéficie d’une visibilité internationale inédite.
La reconnaissance est venue de loin, mais elle résonne puissamment sur les rives de la Méditerranée. Oran figure désormais parmi les 52 destinations incontournables à visiter en 2026 selon le classement annuel du prestigieux The New York Times. Cette distinction consacre une transformation profonde.
La ville solaire au rythme effervescent
Oran séduit d’abord par son atmosphère singulière. Ici, la douceur de vivre se ressent dans les rues animées, les terrasses bondées, les marchés bruyants et les soirées qui s’étirent jusqu’à l’aube. La ville déploie une énergie joyeuse et détendue, portée par une lumière qui glisse de la montagne du Murdjajo jusqu’à la baie. Ce caractère lumineux et festif lui vaut depuis longtemps le surnom d’El Bahia, la radieuse.
Ce charme n’est pas récent. Dès l’Antiquité, lorsque la région portait le nom d’Unica Colonia, Oran était déjà réputée pour sa prospérité et sa qualité de vie. Les nombreuses statues antiques mises au jour dans l’Oranais, aujourd’hui conservées au musée Ahmed Zabana, témoignent de cette ancienneté urbaine. Mais c’est dans le présent que la ville affirme pleinement son attractivité, attirant une nouvelle génération de visiteurs en quête d’ambiances urbaines, de culture vivante et de paysages contrastés.
Une reconnaissance africaine et internationale
La consécration du New York Times n’est pas un fait isolé. En 2025, Oran a également remporté le Golden Award de l’Union afro-asiatique du tourisme, décrochant le titre de meilleure ville touristique émergente d’Afrique parmi plus de vingt villes en compétition. Cette double reconnaissance souligne l’essor rapide de la capitale de l’Ouest algérien sur la scène touristique régionale et internationale.
Elle intervient à un moment charnière, alors que les grandes villes algériennes cherchent à redéfinir leur image et leur attractivité. Oran, par son énergie, sa scène culturelle et son patrimoine, s’impose aujourd’hui comme l’un des visages les plus visibles de cette dynamique nouvelle.
La géographie renforce cette singularité. Oran s’étend au fond d’une baie ouverte au nord, dominée à l’ouest par la montagne de l’Aïdour, aussi appelée Murdjajo, culminant à 580 mètres. De part et d’autre du ravin de l’oued Rhi, aujourd’hui recouvert, la ville déploie ses quartiers anciens et modernes, entre mer et reliefs.
Une ville d’artistes et de création
Au cœur d’Oran, Mdina Jdida incarne cette mémoire populaire. Réputé pour son marché foisonnant aux allures de bazar ce quartier est aussi un haut lieu de la culture musicale oranaise. C’est ici qu’ont émergé des figures majeures de la chanson locale comme Blaoui Houari et Ahmed Wahbi. À quelques centaines de mètres, rue Sidi El Bachir, les vitrines du mythique disquaire Disco Maghreb racontent une autre épopée : celle du raï propulsé sur la scène internationale par Cheb Khaled et Cheb Mami. Ouvert dans les années 1980 et remis sous les projecteurs par le DJ Snake dans un clip devenu viral en 2022, le lieu s’est transformé en attraction touristique à part entière.
Sur les hauteurs du Plateau, Oran révèle une autre facette de son identité. C’est dans ce quartier que se trouve la maison natale d’Yves Saint Laurent, qui évoquait Oran comme une « cosmopole lumineuse, un patchwork de couleurs sous le soleil d’Afrique du Nord. » Cette mémoire artistique continue d’irriguer la ville, nourrissant une créativité plurielle, ancrée dans le quotidien autant que dans l’histoire. Festivals, événements culturels, salles de spectacle et concerts en plein air rythment l’année et participent à cette effervescence permanente. Le Festival du Raï et le Festival international du film arabe, organisés chaque année, attirent artistes, professionnels et publics venus de divers horizons, renforçant l’image d’une ville ouverte et créative.
Dans l’imaginaire des écrivains
Oran occupe aussi une place singulière dans l’histoire littéraire. De nombreux écrivains ont fait de la ville le théâtre de scènes marquantes de leurs œuvres, inscrivant ses rues, son port et ses quartiers dans des registres narratifs très différents. Dès le XVIIᵉ siècle, le célèbre hidalgo Don Quichotte de Miguel de Cervantès fait étape à Oran, attestant de la présence ancienne de la ville dans la littérature européenne. Plus tard, Jules Verne situe une partie de son roman Clovis Dardentor à Oran, l’intégrant à une géographie romanesque tournée vers le voyage et les circulations méditerranéennes.
Au XXᵉ siècle, Albert Camus choisit Oran comme cadre de plusieurs textes majeurs, sans jamais en proposer une vision idyllique. Dans « La peste », la ville y devient un décor fonctionnel, permettant d’observer les comportements humains face à l’épreuve, la peur, la solidarité et l’absurde. Dans « L’Été », Camus propose une autre approche, plus sensorielle, évoquant la lumière, la chaleur et la relation charnelle à la Méditerranée, sans pour autant effacer la rudesse urbaine qu’il attribue à Oran.
La littérature algérienne contemporaine a, elle aussi, largement investi la ville, en multipliant les regards et les registres. Yasmina Khadra ancre deux de ses romans majeurs, « Ce que le jour doit à la nuit » et » Les anges meurent de nos blessures, » dans une Oran traversée par les tensions historiques et les destins individuels, où la ville devient un espace de passions, de fractures sociales et de mémoire douloureuse. Michèle Perret explore, dans » D’ocre et de cendres » : femmes en Algérie, 1950-1962 et « Les arbres ne nous oublient pas », les trajectoires féminines et la complexité des existences ordinaires prises dans le tumulte de l’histoire, en donnant à Oran une épaisseur sociale et intime.
L’imaginaire oranais s’exprime également à travers l’image. « Oran, la mémoire « de Kouider Metair propose une lecture iconographique de la ville, fixant visuellement ses paysages, ses visages et ses métamorphoses urbaines. En 2017, Jamal Eddine El Jabri publie « Les Mujeres hurlant la nuit », un roman profondément ancré dans le quotidien oranais d’avant l’indépendance, imprégné des rues, des ruelles, des personnages et des faits historiques ayant réellement existé.
L’ensemble de ces œuvres, littéraires et iconographiques, confirme Oran comme un territoire d’écriture multiple, traversé de regards contradictoires, loin de toute représentation figée ou univoque.
Art de vivre à l’oranaise
À l’est, Hai Seddikia s’est imposé comme la vitrine chic d’Oran. Ancienne bourgade sur la route de la forêt de Canastel, le quartier accueille aujourd’hui hôtels, résidences haut de gamme et restaurants prisés. La rue Akid Lotfi, notamment, ne désemplit pas à la nuit tombée, illustrant le goût oranais pour la convivialité nocturne. Ce qui frappe aujourd’hui à Oran, c’est la coexistence permanente entre passé et présent. Les vestiges andalous, ottomans ou espagnols côtoient les immeubles modernes, les hôtels récents, les cafés animés et les salles de concert. La ville ne se contente plus d’être regardée pour son histoire : elle se vit au présent.
Entre la baie scintillante, les montagnes qui l’enserrent et les quartiers populaires chargés de mémoire, El Bahia compose un récit pluriel. Une ville qui ne se visite pas seulement, mais qui se ressent, se traverse et s’écoute. Une destination désormais inscrite durablement sur la carte mondiale du tourisme culturel.
Par : Aly D








