Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a répondu favorablement à la demande formulée par son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, concernant l’octroi d’une grâce à l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Cette décision a été annoncée, hier en fin de matinée, par un communiqué officiel de la Présidence de la République, précisant que l’État allemand prendra en charge le transfert et les soins médicaux de l’écrivain, compte tenu de son âge avancé et de son état de santé fragile.
La grâce accordée intervient à la suite d’un appel humanitaire et diplomatique, mettant en avant la nécessité de protéger la santé et le bien-être d’une personnalité publique confrontée à une détention prolongée.
Boualem Sansal, incarcéré depuis près d’un an à Alger, a été arrêté le 16 novembre 2024 à son retour de France et condamné en appel en juillet 2025 à cinq ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État, à l’intégrité du territoire et à la stabilité des institutions », après avoir tenu des propos jugés sensibles et diffamatoires sur l’histoire coloniale et les frontières de l’ouest algérien.
La grâce présidentielle intervient alors que l’écrivain avait renoncé à se pourvoir en cassation, rendant possible son éligibilité à une mesure de clémence. Cette décision souligne également l’importance accordée par Alger à la dimension humanitaire et aux relations bilatérales, tout en respectant les procédures constitutionnelles et légales.
Une décision saluée à l’international
Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a exprimé son « soulagement » à l’annonce de cette grâce, souhaitant que Sansal « puisse rejoindre ses proches au plus vite » et bénéficier des soins nécessaires. Il a également remercié ceux qui ont contribué à cette libération, qualifiée de fruit d’une méthode respectueuse et mesurée. L’Allemagne et l’Italie avaient été considérées comme des médiateurs travaillant en coulisses pour obtenir ce dénouement, tandis que des rumeurs circulaient depuis plusieurs mois sur un éventuel transfert de l’écrivain outre-Rhin.
Cette décision met fin à un long feuilleton diplomatique, marqué par une crise sans précédent entre l’Algérie et la France depuis juillet 2024, avec expulsions réciproques de fonctionnaires, rappel des ambassadeurs et restrictions sur les visas diplomatiques.
Le geste humanitaire de Tebboune, soutenu par l’Allemagne, est perçu comme un signal de détente et de volonté de dialogue, tout en respectant la souveraineté de l’État algérien. Les autorités algériennes ont ainsi démontré leur capacité à concilier exigence juridique et prise en compte des considérations humanitaires, un équilibre délicat dans un contexte de tensions internationales.
L’affaire Boualem Sansal illustre à la fois la complexité de la diplomatie où droits humains, considérations médicales et relations bilatérales s’entremêlent, et le rôle des médiations internationales pour trouver un compromis dans des situations sensibles.
Son transfert prochain en Allemagne ouvre une nouvelle étape, marquée par la résolution d’une crise qui avait tendu les relations entre l’Algérie et ses partenaires européens, tout en envoyant un message fort sur la possibilité de concilier souveraineté nationale et coopération internationale humanitaire.
Par : S.A.B.









