Selon M. Abdelkrim Abidat, l’Algérie est passée ces dernières années du statut de pays de transit à celui de pays de consommation de drogue dont les psychotropes.
Les comprimés psychotropes deviennent la première cause de dépendance chez les 15-35 ans, alertent les spécialistes, a rapporté le quotidien El Khabar dans son édition d’hier. « La consommation de drogues, en particulier celle de psychotropes, atteint un niveau alarmant en Algérie », souligne la même source qui cite président de l’Organisation de sauvegarde de la jeunesse. Celle-ci estime que près de trois millions de jeunes Algériens, âgés de 15 à 35 ans, seraient aujourd’hui dépendants, faisant des psychotropes la première menace sanitaire et sociale liée à la drogue dans le pays.
S’exprimant sur les colonnes du journal arabophone, le président de l’Organisation et conseiller international en stratégie préventive contre la drogue, Abdelkrim Abidat, estime que l’Algérie est passée ces dernières années du statut de pays de transit à celui de pays de consommation. Cette évolution est confirmée par les importantes saisies réalisées par la police, la gendarmerie et les douanes, notamment l’interception récente de plus de 4,2 millions de comprimés psychotropes et l’arrestation de 20 trafiquants, et ce à l’approche du mois de Ramadhan. Longtemps cantonnée aux milieux marginalisés, la consommation de psychotropes s’est toutefois généralisée à toutes les couches sociales. Riches ou pauvres, scolarisés ou non, adolescents comme adultes sont aujourd’hui exposés à un phénomène favorisé par la banalisation des drogues, la faible implication familiale, et l’agressivité des réseaux criminels, souligne M.Abidat.
Chômage, détresse psychologique et drogues à bas prix
Les causes de cette expansion sont multiples : chômage, frustration sociale, désintégration familiale, mais aussi prix bas des comprimés psychotropes comparés au cannabis et facilité d’accès. Les psychotropes arrivent ainsi en tête des substances traitées dans les centres de désintoxication, devant le cannabis, puis les drogues dures comme l’héroïne et la cocaïne. Parmi les substances les plus consommées figurent le Lyrica (prégabaline), connu sous les appellations de « Saroukh » ou « Taxi », ainsi que l’ecstasy, appelée par les jeunes « bonbon ». Plus inquiétant encore, de nouvelles pratiques émergent, notamment l’inhalation d’essence et de gaz butane, particulièrement répandue chez les adolescents. Dans ce cadre, le centre de traitement des toxicomanes de Bouchaoui, premier du genre en Algérie, prend actuellement en charge plus de 1 600 patients à travers une approche innovante basée sur le traitement naturel, l’accompagnement psychologique et la réinsertion sociale.
La détection précoce, les programmes sportifs et l’encadrement par des équipes pluridisciplinaires renforcent les chances de rétablissement durable. Face à ce fléau, les acteurs associatifs appellent à une mobilisation nationale urgente, impliquant la famille, l’école, la mosquée, la société civile et les services de sécurité, afin de protéger la jeunesse algérienne et enrayer la progression des drogues avant qu’elle ne menace durablement la stabilité sociale du pays.
Par : Akram Ouadah






