Des hommes traqués, des familles surveillées, des territoires parcourus par des bandes et une administration qui peine à imposer son autorité. C’est cette réalité des campagnes algériennes que raconte Antonin Plarier dans « Des bandits face au pouvoir colonial. Algérie (1871-1920) », distingué par le premier Prix ALEF de l’édition scientifique.
Paru en 2025, cet ouvrage de 345 pages s’intéresse au banditisme rural qui se développe après l’insurrection de 1871. Dans une Algérie où les terres sont confisquées et où l’administration coloniale impose de nouvelles règles, des hommes fuient l’administration ou prennent les armes et sont désignés comme des « bandits ».
Dans les années 1890, les autorités considèrent ce banditisme comme un possible ferment d’insurrection. Pour tenter de faire disparaître les bandes, elles déploient un vaste arsenal répressif : primes de dénonciation ou de capture, internement des familles de bandits, campagnes militaires, condamnations au bagne et à la peine capitale. Les exécutions de condamnés à mort en place publique participent également à cette démonstration de force. Mais cette répression se heurte à une forte hostilité dans les campagnes et les tentatives pour détruire les bandes échouent régulièrement.
Le livre suit ces hommes dans leurs parcours, de leur prise d’armes jusqu’à leur arrestation, leur condamnation, leur transportation au bagne ou leur mort. Il s’intéresse aussi aux territoires ruraux où ils évoluent et aux populations qui les entourent. Derrière le terme de « bandit », l’auteur cherche ainsi à retrouver des trajectoires individuelles et les liens qui permettent à certains de résister aussi longtemps à la traque.
Pour reconstituer ces histoires, Antonin Plarier croise les archives de la répression avec la presse, des correspondances privées et des poèmes populaires. Il exploite également les fonds du service forestier de l’administration coloniale, conservés aux Archives nationales à Birkhadem. Ces documents permettent notamment de suivre les conflits liés à l’utilisation des forêts et les bouleversements provoqués dans les campagnes par la nouvelle organisation coloniale.
Avec le Prix ALEF, « Des bandits face au pouvoir colonial » bénéficie aujourd’hui d’une nouvelle visibilité et fait découvrir, à travers des parcours individuels, les tensions et les résistances qui traversaient les campagnes algériennes sous la domination coloniale.
Par : A.D












