Au terme de cette rentrée scolaire 2023/2024, le constat est toujours aussi difficile pour les parents qui doivent chaque année débourser des sommes de plus en plus importantes afin d’assurer à leurs enfants des conditions de scolarisation à la hauteur de celles de leurs camarades les plus aisés, même au niveau des établissements publics.
En effet, si l’école publique est par définition gratuite et accessible à tous en Algérie, les pratiques qui l’accompagnent varient d’une ville à l’autre et imposent chaque année de nouveaux standards très onéreux aux parents.
Affaires scolaires à la mode, gadgets électroniques, cours particuliers avec différentes formules, frais scolaires injustifiés, autant de pratiques qui portent atteintes, aujourd’hui, à la réputation des enseignants et des établissements accusés à tort ou à raison de faire du business scolaire.
Les garderies, un business flou et fructueux
La dernière nouveauté de ces deux dernières années relève des garderies et différents jardins d’enfants dont les exigences et les tarifs ne passent pas pour les parents. Actuellement à Annaba, il faut compter en moyenne 15.000 da par mois, par enfant, pour pouvoir prétendre à une garderie conforme aux règlementations les plus élémentaires.
La dépense la plus onéreuse n’est pas celle des mensualités, mais celle de la rentrée. Les garderies demandent des frais d’inscription allant de 15.000 da à 30.000 da, à renouveler annuellement, en plus des frais du premier mois de la rentrée. Ces frais, non détaillés et expliqués à demi-mots, sont sensés couvrir les frais d’assurance des enfants et des activités extra-scolaires. Seulement, la réalité du terrain veut que les activités extra-scolaires auxquelles prétendent les crèches, sont en majorité gratuites ou très peu onéreuses, comparées aux tarifs demandés aux parents.
Par ailleurs, les crèches n’assurent, pour la plupart, que le déjeuner aux enfants. Les parents doivent quotidiennement préparer des gouters à leurs chérubins pour la pause de 10h00 ainsi que celle de 15h00.
Les livres scolaires vendus en crèche pour des enfants de trois ans à cinq ans sont, eux aussi, un business à part entière. Aujourd’hui, à Annaba, la quasi-totalité des crèches ont exigé l’utilisation de ces livres qu’ils vendent au sein même de leurs établissements entre 4.500 et 4.900 da. S’ajoutent à cela, des listes de fournitures scolaires on ne peut plus précise où l’on n’hésite pas à mettre les marques des articles à acheter. Des rames de papiers entières, des marques de peinture, de crayons et de colle haut de gamme, pour des enfants de deux ans, et des factures à la limite de l’indécence à la sortie des librairies.
Pour résumer le tout, il faut compter en moyenne 55.000 da par enfant en garderie chaque rentrée scolaire. Un montant inconcevable dans un pays où le Smig s’élève à 20.000 da et où la cherté de la vie n’épargne aucun foyer, y compris les plus aisés.
L’année du Bac, un filon en or
A Annaba, nous avons assisté à cette rentrée scolaire, à un véritable rush sur les places de cours particuliers chez les enseignants-phares du baccalauréat. En effet, comme chaque année, des enseignants spécialisés dans les cours particuliers pour l’année du Bac ouvrent des inscriptions pour plusieurs centaines d’élèves. A hauteur de 6.000 da par élève, ces lycéens se rendent deux fois par semaine dans des hangars loués par les enseignants pour reprendre les mêmes cours dispensés en classe. Cette pratique, qui sert sans nul doute les élèves avec des lacunes, a malheureusement instauré une dynamique malsaine parmi eux, qui, unanimement, ne se donnent plus la peine de prendre au sérieux les cours donnés en classe. Sachant pertinemment que la même chose allait être refaite de manière bien plus attrayante durant les séances de cours particuliers.
De cours particuliers, à cours très particuliers
Largement démocratisés, les cours particuliers ne sont plus du tout tabous, et sont désormais un standard sur lequel tout le monde s’accorde de la première année primaire jusqu’à la terminale. Les cours particuliers viennent, aujourd’hui, compléter les cours scolaires.
Et puisque une tendance en crée toujours une autre, nous allons aujourd’hui vers la démocratisation d’un autre type de cours où l’enseignant ne se consacre qu’à un seul élève contre une rémunération très intéressante. Puisque, selon les heures de cours, elle peut être bien plus importante qu’un salaire d’enseignant.
Aujourd’hui, une grande partie des foyers aisés où les deux parents travaillent, préfèrent engager un enseignant, voire plusieurs, pour aider leurs progénitures à faire leurs devoirs et à réviser leurs leçons de manière quotidienne, en plus de les préparer pour les examens et devoirs écrits.
Si, toutes ces pratiques attestent de la volonté des parents à voir leurs enfants réussir quitte à payer le prix fort, elles n’en demeurent pas moins préjudiciables pour l’appareil scolaire public qui est, ainsi, communément considéré comme incomplet, voire insuffisant à la réussite des élèves.
Par : M. L









