Dans le ciel d’hiver de Constantine, le ballet des ailes reprend des couleurs. Les conclusions du dernier recensement hivernal des oiseaux migrateurs, rendues publiques par la Conservation des forêts de la wilaya, confirment une dynamique particulièrement encourageante : davantage d’individus observés, une diversité accrue et, fait inédit, l’apparition d’une espèce jamais signalée jusque-là dans la région.
Menée à travers les principaux plans d’eau et zones humides, l’opération nationale a mobilisé les équipes techniques du barrage de Berla, dans la commune d’Aïn Smara, jusqu’aux lacs artificiels de Djebel Ouahch. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2.779 oiseaux migrateurs recensés cette saison, contre 2.284 l’an dernier, soit une progression significative qui traduit une amélioration sensible des conditions écologiques.
Selon Mme Chérine Nedjaï, chef du Bureau des espèces protégées et de la chasse, cette évolution s’explique notamment par la disponibilité accrue des ressources hydriques et la relative quiétude des sites. Au total, 26 espèces différentes ont été identifiées, dont 12 protégées par la législation nationale, confirmant le rôle stratégique des zones humides de Constantine comme escales vitales sur les grandes routes migratoires.
L’événement marquant de cette campagne demeure sans conteste l’observation du Pélican gris. Une première historique pour la wilaya et seulement la deuxième signalée au niveau national, après une apparition remarquée à Mila l’an passé. Originaire d’Afrique subsaharienne, cette espèce fréquente habituellement les grands plans d’eau riches en poissons. Sa présence au nord du pays est perçue par les spécialistes comme un indicateur fort de la qualité retrouvée de l’habitat, combinant nourriture abondante, pureté relative de l’eau et faible dérangement humain.
L’analyse de la répartition géographique place le barrage d’Ibn Badis en tête des sites d’accueil avec 1.278 individus recensés, suivi de près par celui de Berla qui en a enregistré 1.006. Le remplissage optimal des retenues cette année a renforcé l’attractivité de ces zones, favorisant la sédentarisation temporaire d’espèces emblématiques telles que la Grande Aigrette, le Héron garde-bœufs, la Cigogne blanche, le Héron pourpré, le Grand Cormoran, le Busard des roseaux et la Foulque macroule.
Au-delà du volet strictement ornithologique, la Conservation des forêts annonce un programme ambitieux pour 2026. Il prévoit la distribution d’arbres fruitiers — caroubiers et oliviers — aux agriculteurs des communes de Zighoud Youcef et Didouche Mourad, dans une logique de soutien à l’économie rurale. La wilaya participera également à la campagne nationale visant à planter cinq millions d’arbres et procédera à des ventes aux enchères de bois issus d’arbres calcinés ou dépérissants dans les forêts d’El Meridj et El Baaraouia, afin d’assainir les massifs et de limiter les risques d’incendie.
Enfin, à l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, une action de sensibilisation a été organisée au barrage de Bouljenaine, dans la commune d’Ibn Ziad. En partenariat avec la Direction de l’environnement et le mouvement associatif, des ateliers pédagogiques ont permis d’initier des écoliers aux techniques de recensement et à l’importance de préserver ces sanctuaires naturels.
À Constantine, les ailes de l’hiver semblent ainsi porter un message clair : lorsque l’écosystème est préservé et les ressources gérées avec rigueur, la nature répond présente.
Par : Amina A.






