À travers « Le départ pour la Mecque », peint en 1929, Étienne Nasreddine Dinet immortalise un moment essentiel de son époque : celui où commence le grand voyage vers les lieux saints de l’islam.
Plus qu’un déplacement géographique, Dinet représente un passage intérieur, celui qui conduit le croyant vers l’accomplissement de l’un des cinq piliers de l’islam. Dinet construit sa scène autour d’un vaste porche qui domine toute la composition. Cette porte monumentale symbolise le passage entre deux mondes : celui de la vie quotidienne et celui du voyage spirituel. Le regard est naturellement attiré vers cette ouverture baignée de lumière, tandis que les personnages et les dromadaires semblent converger vers elle, comme appelés par une même destination.
La composition est remarquablement équilibrée. Au premier plan, les dromadaires chargés de ballots imposent leur présence et rappellent la dimension concrète du pèlerinage, qui exigeait endurance et préparation. À leurs côtés, les silhouettes humaines ne cherchent pas à attirer l’attention individuellement. Dinet privilégie le groupe plutôt que les portraits, faisant du départ une expérience collective plutôt qu’un destin personnel.
La palette, dominée par les ocres, les bruns et les tons sable, baigne la scène d’une lumière chaude qui souligne la matière des murs. Quelques touches plus vives, comme le rouge du chargement posé sur l’un des dromadaires, rythment discrètement la composition sans rompre son harmonie. Cette lumière n’a rien de spectaculaire : elle instaure une atmosphère paisible, presque méditative, où le silence semble accompagner les derniers préparatifs.
Près d’un siècle après sa réalisation, « Le départ pour la Mecque » demeure un témoignage précieux d’une époque où le pèlerinage commençait bien avant l’arrivée à La Mecque. Il prenait naissance dans les adieux, l’attente et l’espérance, rappelant que le voyage vers les lieux saints était autant une épreuve humaine qu’une quête spirituelle.
Par : Aly D









