Les travailleurs de l’usine N’Gaous appellent l’État à sauver un fleuron de l’industrie agroalimentaire. L’inquiétude grandit au sein de l’usine N’Gaous Jus et Conserves. Les travailleurs ont observé un rassemblement de protestation devant le siège de l’entreprise afin d’alerter les pouvoirs publics sur la dégradation continue de la situation et de réclamer une intervention urgente pour préserver cet important complexe industriel, confronté à une crise qui perdure depuis 2023.
Les représentants des travailleurs dénoncent une accumulation de difficultés qui freinent l’activité de l’usine : pénurie de matériaux d’emballage, manque de pièces de rechange, dégradation des ateliers de production, absence d’une véritable stratégie commerciale et difficultés persistantes en matière de commercialisation. Selon eux, ces contraintes ont fortement affecté le fonctionnement de l’entreprise et entraîné une baisse sensible de la production.
Pour les employés, la crise actuelle est l’aboutissement de plusieurs années de dysfonctionnements dans la gestion. Les différentes tentatives de relance engagées jusqu’à présent n’ont pas permis de redresser durablement la situation. Ils appellent, ainsi, les autorités à prendre des décisions rapides afin d’assurer la pérennité de l’entreprise et de préserver les centaines d’emplois qu’elle génère.
Ces revendications rejoignent les conclusions d’un rapport de la direction de l’industrie de la wilaya de Batna, consulté par «Le Provincial». Ce document met en évidence une crise profonde qui ne se limite pas aux difficultés d’approvisionnement, mais touche également l’organisation interne, les équipements de production, la gestion financière et la politique commerciale de l’entreprise. Le rapport rappelle que l’usine N’Gaous, longtemps considérée comme l’un des fleurons de l’industrie algérienne des jus et des conserves, est revenue dans le patrimoine de l’État en 2022, à la suite des décisions judiciaires visant les biens d’hommes d’affaires condamnés pour corruption.
Elle a été intégrée au groupe public, AGRODIV, (Groupe Agro-Industries en Algérie, activant notamment dans la transformation et la commercialisation des produits agroalimentaires). L’entreprise n’a, toutefois, pas réussi à retrouver son équilibre, en raison d’un héritage marqué par des équipements obsolètes, un déficit d’investissement et des difficultés organisationnelles. Alors que sa capacité théorique de production est estimée à près de 186.000 tonnes par an, l’usine n’exploite aujourd’hui qu’environ 20% de son potentiel.
Plusieurs lignes de production demeurent à l’arrêt en raison de la vétusté des installations, de l’absence de maintenance régulière, du manque de pièces de rechange et des contraintes financières qui limitent l’acquisition des intrants indispensables. Le document souligne également les insuffisances de la stratégie commerciale. L’abandon du réseau de distributeurs au profit de la vente directe a favorisé l’accumulation des stocks et réduit les débouchés dans un marché devenu particulièrement concurrentiel. À cela s’ajoutent les pratiques irrégulières de certains opérateurs économiques, notamment l’absence de facturation et l’évasion fiscale, qui placent l’entreprise publique dans une situation de concurrence défavorable.
Malgré ces difficultés, l’usine a continué d’assurer le paiement régulier des salaires et n’a enregistré aucun mouvement social majeur jusqu’à cette récente mobilisation. Celle-ci traduit désormais les profondes inquiétudes des travailleurs quant à l’avenir d’une entreprise qui demeure un symbole de l’industrie agroalimentaire nationale. Implantée sur une superficie de plus de 86.000 mètres carrés, l’usine N’Gaous est spécialisée dans la transformation et le conditionnement de jus de fruits élaborés à partir de matières premières naturelles. Une partie du site appartient à l’État, tandis que l’autre est exploitée dans le cadre d’une concession accordée au groupe public Agrodiv, apprend-on.
Par : Benyahia Abdelmadjid










