Le Conseil de la nation a approuvé à l’unanimité, hier matin, l’envoi d’un détachement de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger. Ce vote historique du Parlement autorisant l’envoi de troupes de l’Armée nationale populaire au Niger marque un tournant géopolitique majeur. Pour la première fois depuis 1973, l’Algérie s’apprête à projeter ses forces au-delà de ses frontières. Destiné à sécuriser les infrastructures énergétiques de la Sonatrach et à stabiliser le flanc sud à la demande de Niamey, ce déploiement à Madama, ancienne base française, ne passe pas inaperçu.
Une mission présentée comme limitée
Dans une déclaration à la presse, le Sénateur Belkacem Boulghiti a souligné que cette initiative s’inscrivait dans le cadre de la sécurité nationale, de la protection des frontières et de la défense des intérêts économiques de l’Algérie au Niger. Il a également évoqué la dimension stratégique de cette décision, liée au partenariat entre les deux pays et à la nécessité de préserver les intérêts algériens dans la région.
Interrogé sur les modalités du déploiement, le sénateur a précisé qu’il s’agissait de l’envoi d’un « détachement » chargé d’une mission « limitée ». Il a ainsi présenté cette initiative comme une mesure ciblée de protection, sans fournir davantage de détails sur les effectifs concernés, la durée de la mission ou les modalités opérationnelles de son exécution.
Le vote attendu à l’APN constitue désormais la prochaine étape de la procédure. Selon les informations disponibles, le débat devrait être encadré par les interventions des présidents des groupes parlementaires, auxquels un temps de parole de dix minutes chacun serait accordé.
Un cadre constitutionnel depuis 2020
L’envoi de militaires algériens à l’étranger est prévu par l’article 91 de la Constitution, dans sa version issue de la révision constitutionnelle de 2020. Cette disposition encadre la possibilité d’engager des unités de l’ANP hors du territoire national, sous réserve du respect des conditions constitutionnelles, notamment l’approbation des deux chambres du Parlement à la majorité des deux tiers.
La procédure engagée auprès des parlementaires vise ainsi à obtenir l’autorisation requise pour le projet de déploiement au Niger. L’approbation du Conseil de la nation constitue une première étape, avant le vote de l’APN, qui doit permettre de déterminer si la proposition recueille également le soutien de la chambre basse.
Protéger les intérêts énergétiques et économiques
Cette initiative intervient alors que l’Algérie a développé plusieurs projets de coopération avec le Niger, notamment dans les secteurs des hydrocarbures, des mines et des infrastructures. Parmi les dossiers stratégiques figure l’exploitation du champ pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger, menée dans le cadre d’un partenariat entre Sonatrach et la société pétrolière nigérienne Sonidep.
L’Algérie est également engagée dans le projet de gazoduc transsaharien, ou TSGP, destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe en passant par le Niger et le territoire algérien. Au-delà des enjeux énergétiques, ces projets s’inscrivent dans une approche qui privilégie le développement économique comme levier de stabilité et de coopération au Sahel.
Début octobre, le président Abdelmadjid Tebboune avait insisté sur l’importance des intérêts algériens dans la région, évoquant les accords conclus dans les domaines du pétrole et des mines. Il avait alors souligné la nécessité de préserver les partenariats établis avec les pays voisins et les intérêts communs qui en découlent.
L’approbation du Conseil de la nation marque ainsi une avancée dans la procédure parlementaire relative à la protection des intérêts algériens au Niger. Le vote de l’APN, attendu dans l’après-midi d’hier, devrait compléter l’examen de cette proposition.
Par : S.A.B











