Les récents incendies qui ont balayé plusieurs wilayas du pays laissent derrière eux une facture environnementale et agricole particulièrement salée. Entre forêts centenaires pulvérisées par les flammes et récoltes céréalières réduites en cendres, les wilayas de Jijel et d’Oum El-Bouaghi portent les stigmates d’un été dévastateur.
Sur la côte découpée de Jijel, le relief escarpé a transformé le paysage en piège ardent. L’administration forestière locale y dresse un constat amer : 21départs de feu simultanés ont balayé près de 775 ha d’espaces naturels.
Les relevés de la protection de la faune et de la flore dressent l’inventaire d’un sinistre écologique majeur : 330 ha de futaies denses partis en fumée, 193 ha de maquis calcinés, sans compter environ 270 ha de maquis bas et de végétation diverse réduits en terre noire.
C’est dans l’arrière-pays montagneux, du côté d’Ouled Askeur et Texenna, que les foyers ont atteint leur paroxysme. L’âpreté du terrain et les températures estivales ont exigé une intervention de grande ampleur, combinant les effusions terrestres de la Protection civile aux rotations des moyens aériens pour contenir la progression des flammes.
Changement de décor à 200 km de là, mais même paysage de désolation. Dans le grenier d’Oum El-Bouaghi, la déflagration est avant tout économique. En pleine période de récolte, entre la fin mai et la fin juillet, les sapeurs-pompiers ont dû multiplier les sorties, plus de 200 interventions, pour tenter de préserver ce qui pouvait l’être.
Le bilan matériel s’avère lourd pour le monde paysan : plus de 300 ha de céréales sur pied sont partis en fumée, touchant en premier lieu le blé dur (169 ha) et l’orge (113 ha), complétés par des pertes en blé tendre et en avoine. S’y ajoutent la perte de près de 10.000 bottes de fourrage et le ravinement de centaines d’hectares de chaumes et d’herbes sèches, notamment vers Ouled Hamla et Souk Naamane. La mobilisation massive de plus de 800 hommes du feu et de dizaines de véhicules aura au moins permis d’épargner les habitations environnantes et une partie des cultures.
Ce coup de chaud sur les moissons vient ruiner les espoirs des professionnels de la filière. La direction des Services agricoles locale, qui visait une collecte ambitieuse de 3 millions de quintaux pour cette saison, revoit déjà ses prétentions à la baisse. Le cumul de ces incendies à répétition et des intempéries violentes survenues plus tôt dans la saison (épisodes de grêle et pluies orageuses) a durablement fragilisé les rendements.
Pour l’heure, les Coopératives de Céréales et de Légumes Secs (CCLS) n’ont engrangé qu’environ 1,5 million de quintaux, soit la moitié des prévisions initiales. Une collecte au ralenti, également freinée par le manque d’empressement de certains producteurs à céder leurs stocks d’orge, dans un climat d’incertitude quant aux réserves fourragères de l’année.
Par : Amina A.












