Quinze ans après l’abandon du projet Desertec, l’Union européenne remet les énergies renouvelables de la rive sud de la Méditerranée au cœur de sa stratégie énergétique. À travers une nouvelle initiative baptisée T-MED, Bruxelles entend accélérer le développement des énergies propres dans la région, avec l’Algérie comme partenaire clé en raison de l’immense potentiel énergétique de son Sahara.
Présenté lors de la Semaine européenne de l’énergie durable, ce programme s’inscrit dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée lancé à Barcelone en novembre 2025. Son ambition est de transformer la rive sud méditerranéenne en « un hub mondial des énergies propres », grâce à une coopération renforcée entre les pays partenaires et à d’importants investissements dans les infrastructures et les technologies vertes.
Un potentiel énergétique exceptionnel
Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord disposent d’atouts considérables dans le domaine des énergies renouvelables. L’ensoleillement abondant, les ressources éoliennes importantes et des coûts de production relativement faibles placent la région parmi les zones les plus prometteuses au monde.
Selon les estimations européennes, la région possède plus de 2.300 GW de capacité technique potentielle, soit plus du double de la capacité actuellement installée dans l’Union européenne. Les coûts de production y sont également de 30 à 40 % inférieurs à ceux observés sur le continent européen.
Illustrant cet immense potentiel, un haut responsable européen, cité par le quotidien Les Échos, a affirmé : « Avec une portion du seul territoire algérien, vous pouvez couvrir tous les besoins énergétiques de l’Europe ».
L’Algérie apparaît ainsi comme l’un des piliers de cette stratégie. Le pays poursuit d’ailleurs son propre programme de transition énergétique avec la mise en service progressive de vingt centrales photovoltaïques dans le cadre d’un premier programme de 3.000 MW, étape initiale d’un objectif national de 15.000 MW à l’horizon 2035.
Jusqu’à 25 milliards d’euros
Afin de concrétiser cette ambition, la Commission européenne prévoit de mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements dans les énergies renouvelables et les technologies propres d’ici à 2035. Cette enveloppe sera soutenue par 5 milliards d’euros de garanties européennes destinées à attirer davantage de capitaux privés.
Le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, a indiqué que l’Union européenne « peut débloquer jusqu’à 25 milliards d’investissements supplémentaires dans l’énergie et les technologies propres d’ici à 2035 ».
Le programme prévoit notamment la création d’une plateforme d’investissement opérationnelle dès cette année, la mise en place d’un « accélérateur réglementaire » pour réduire les délais administratifs, ainsi qu’un vaste plan de formation de 100.000 travailleurs spécialisés dans les métiers liés à la transition énergétique. Bruxelles vise également la conclusion d’au moins dix partenariats industriels euro-méditerranéens à l’horizon 2030.
Parmi les projets structurants figure le corridor SoutH2, destiné à acheminer de l’hydrogène renouvelable produit en Afrique du Nord vers plusieurs pays européens, notamment l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne.
Les leçons tirées de l’échec de Desertec
Cette nouvelle initiative intervient dans un contexte marqué par le souvenir de Desertec, lancé en 2009 avec l’ambition de produire une partie significative de l’électricité consommée en Europe à partir du solaire saharien. Malgré l’intérêt suscité à l’époque, le projet n’a jamais atteint ses objectifs.
Bruxelles estime aujourd’hui que cette initiative était jugée « trop privée » et que les pays partenaires « ne voyaient pas clairement ce qu’ils y gagnaient ».
L’Union européenne assure avoir retenu les enseignements de cette expérience en privilégiant désormais une approche davantage fondée sur le partenariat politique et les bénéfices mutuels. Même si certains observateurs soulignent que les 25 milliards d’euros annoncés demeurent inférieurs aux besoins réels estimés entre 75 et 120 milliards d’euros, le retour de l’Europe vers le potentiel énergétique du Sahara témoigne de l’importance croissante accordée à l’Algérie dans les futurs équilibres énergétiques de la région méditerranéenne.
Par : S.A.B.










