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      Plantes médicinales et savoirs traditionnels : Une médecine populaire encore bien vivante 

      aly D by aly D
      21 avril 2026
      in Culture
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      Avec le retour du printemps, la terre dévoile l’une de ses richesses les plus anciennes et les plus discrètes : les plantes médicinales.  

      Dans les champs, les montagnes, les oasis et jusque dans les marchés urbains, la saison des cueillettes marque un moment privilégié où la nature offre le meilleur d’elle-même. Ce renouveau saisonnier s’accompagne d’un regain d’intérêt pour une médecine populaire profondément ancrée dans les pratiques culturelles du pays. 

      Un héritage millénaire toujours présent 

      En Algérie, se soigner par les plantes ne relève pas d’un simple effet de mode. Il s’agit d’un héritage millénaire, né de la rencontre entre la médecine arabe classique, les savoirs berbères et la richesse de la flore méditerranéenne. Aujourd’hui encore, près de 45 % de la population y a recours. Cette pratique repose sur une biodiversité exceptionnelle, forte de plus de 3 000 espèces végétales, mais aussi sur une transmission orale qui traverse les générations, souvent au sein du cercle familial. 

      Dans les campagnes comme dans les villes, les gestes sont connus de tous. Une infusion de thym pour apaiser une toux persistante, quelques feuilles de menthe pour soulager un mal de tête, une inhalation d’eucalyptus pour dégager les voies respiratoires. Les affections liées à la sphère respiratoire figurent parmi les usages les plus répandus. Rhumes, angines, asthme ou bronchites sont souvent traités en premier recours par ces remèdes simples, hérités d’une longue expérience empirique. 

      Une pharmacopée héritée des anciens 

      Mais la pharmacopée traditionnelle ne s’arrête pas là. Dans les mémoires anciennes, chaque plante porte un nom, une vertu et un mode d’emploi précis. La “Djàda”, une germandrée sauvage des hauteurs, est réputée pour traiter les maux d’estomac et les diarrhées. Préparée en tisane, elle se consomme de préférence sans sucre, malgré son amertume. La mauve, appelée “Mejir”, est utilisée contre les oreillons : ses feuilles, une fois moulues, sont appliquées directement sur la peau. Quant à “Amagramane”, une plante locale, elle sert à soigner les plaies et les blessures. Pilée, elle est appliquée sur la zone concernée, agissant à la fois comme désinfectant et calmant. 

      Certains fruits entrent également dans cette médecine du quotidien. Le cognassier commun, connu sous le nom de « sfardjel » ou “Takthounia”, est utilisé pour traiter les troubles gastriques. Le laurier noble, souvent présent en cuisine, trouve sa place comme bain de bouche contre les angines. D’autres plantes complètent cet éventail : la menthe pour les maux de tête et la toux, l’ortie autrefois utilisée contre la rougeole, ou encore la petite centaurée pour des troubles digestifs plus sévères. 

      Un savoir fragile menacé de disparition 

      Ce savoir-faire, riche et diversifié, constitue un véritable patrimoine immatériel. Pourtant, il est aujourd’hui menacé. Transmis essentiellement par voie orale, il tend à se perdre avec le désintérêt des jeunes générations, davantage tournées vers la médecine moderne. Dans de nombreuses régions, seuls quelques initiés, souvent des personnes âgées ou des familles spécialisées, en détiennent encore les secrets. 

      Dans le sud du pays, la région d’Adrar illustre bien cette réalité. Au cœur des oasis du Touat, du Gourara et du Tidikelt, une pharmacopée originale s’est développée malgré des conditions climatiques particulièrement arides. Ici, la rareté du végétal n’a pas empêché l’émergence d’une médecine adaptée, fondée sur les ressources locales. Les plantes y sont utilisées à des fins médicinales, mais aussi alimentaires, artisanales ou fourragères. Cependant, cette biodiversité fragile s’appauvrit progressivement sous l’effet des changements climatiques et de la pression humaine. 

      Le printemps, saison des cueillettes et du renouveau 

      Avec l’arrivée du printemps, les marchés se transforment en véritables vitrines de cette richesse végétale. Les étals débordent de plantes fraîches, de graines et d’herbes séchées. Cette saison de cueillette attire aussi bien les connaisseurs que les curieux, en quête de remèdes naturels. Dans ce contexte, les herboristes connaissent un regain de popularité notable. Leurs boutiques, autrefois désuetes, deviennent des lieux fréquentés où se croisent différentes générations. 

      À Annaba, dans une herboristerie connue du centre-ville, les senteurs de sauge, de romarin, de camomille ou de gingembre accueillent les visiteurs dès l’entrée. Derrière son comptoir, Ahmed, herboriste depuis plusieurs années, trie minutieusement ses plantes. Il les aère, les nettoie et les conditionne en petits paquets. « Ces herbes peuvent être conservées plusieurs années dans un endroit sec », explique-t-il. Selon lui, les clients viennent principalement pour des troubles digestifs. « Le stress et la malbouffe irritent le colon. Les gens cherchent des solutions naturelles pour soulager les ballonnements et l’indigestion. » 

      Cependant, cet engouement croissant ne garantit pas la transmission de ce savoir dans toute sa richesse. Si l’usage des plantes se développe, la connaissance fine de leurs propriétés, longtemps transmise oralement, tend à s’effriter. 

      Des marchés en plein essor 

      Les plantes qu’il propose proviennent en grande partie des régions montagneuses du nord, comme Blida ou le Djurdjura, où des paysans se sont spécialisés dans leur culture et leur cueillette. D’autres, plus rares, sont importées d’Asie, comme le ginseng ou la valériane. Cette diversité reflète une demande croissante, portée par un retour aux sources et une méfiance envers certains médicaments jugés trop agressifs ou coûteux. 

      Les graines occupent également une place importante dans cette tendance. Nigelle, lin, fenugrec ou anis vert figurent parmi les produits les plus recherchés. Leurs prix varient selon leur origine et leur rareté. Sur les marchés populaires, la nigelle peut se vendre entre 500 et 800 dinars le kilo, tandis que le lin reste plus accessible. Le fenugrec, quant à lui, demeure l’un des produits les plus abordables. Les graines importées, comme le chia ou le quinoa, atteignent des prix plus élevés et attirent une clientèle spécifique. 

      « Beaucoup de clients achètent de petites quantités, juste pour essayer », confie Ahmed. « Les familles modestes préfèrent les produits locaux, moins chers mais tout aussi efficaces. » Cette dynamique commerciale s’étend désormais aux réseaux sociaux, où des centaines de pages vantent les vertus des plantes et des graines. Les ventes en ligne explosent, souvent sans encadrement ni contrôle, soulevant des inquiétudes chez certains professionnels. 

      Entre engouement et prudence 

      Car derrière cet engouement se pose la question de la sécurité. Si les plantes médicinales sont naturelles, elles ne sont pas sans risque. Les médecines traditionnelles, bien qu’ancrées dans des pratiques anciennes, restent parfois controversées.  Les spécialistes recommandent de consulter un professionnel de santé avant d’entamer un traitement à base de plantes, afin d’éviter les interactions ou les effets indésirables. 

      Malgré ces réserves, la médecine par les plantes continue de séduire. Elle incarne une alternative accessible, enracinée dans l’histoire et adaptée aux réalités locales. Elle témoigne aussi d’un rapport particulier à la nature, fondé sur l’observation, l’expérience et la transmission. Le printemps, avec ses cueillettes et ses marchés foisonnants, rappelle chaque année l’importance de préserver ce patrimoine. Elles ne sont pas seulement des remèdes, mais aussi les témoins d’un savoir ancien, fragile et précieux, qu’il devient urgent de transmettre avant qu’il ne disparaisse. 

      Par : Aly D 

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