Après plus de six décennies, l’Algérie a officiellement lancé la décontamination des sites des essais nucléaires effectués par la France dans le Sahara au début des années 1960. Cette initiative intervient alors que Paris continue de fuir ses responsabilités, refusant de remettre à l’Algérie les archives et cartes des sites d’enfouissement des déchets radioactifs.
Selon le ministère de la Défense nationale (MDN), la première opération concerne le site d’In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset, et s’appuie entièrement sur des compétences et équipements nationaux. Le documentaire de la direction de l’information et de la communication du MDN, intitulé « Les Algériens au cœur des défis », souligne que cette démarche est le fruit de plusieurs décennies d’études, de planification et de coordination entre différents secteurs, principalement celui de la défense, « sous la supervision d’experts et de spécialistes algériens et avec des capacités nationales ».
Le site de Taourirt Tan Afella, précisément, a été choisi pour la première phase de dépollution. C’est dans cette zone qu’a eu lieu le deuxième essai nucléaire français, opération « Béryl », classé comme un échec majeur. La puissance de l’explosion a été estimée à 150 000 tonnes de TNT, provoquant des fissures dans la chambre d’essai, des fuites de gaz, un nuage radioactif et des coulées de lave ayant détruit l’écosystème de la région.
La contamination par le césium-137 et le plutonium persiste encore aujourd’hui, affectant la santé des populations locales. Le procédé adopté pour cette première opération consiste à collecter les déchets radioactifs et à les stocker dans des conteneurs en béton, dans le respect strict des règles de sécurité. Le documentaire souligne également la complexité de la tâche, aggravée par « l’absence de cartes et d’archives françaises » permettant d’identifier précisément les zones contaminées.
« Les conséquences sanitaires et environnementales persistent »
Les explosions nucléaires françaises, dont la première, « Gerboise bleue », a eu lieu le 13 février 1960 à Reggane (wilaya d’Adrar), constituent, aux yeux des spécialistes, un crime contre l’humanité. Outre la dévastation environnementale, elles ont provoqué des maladies graves, des malformations congénitales, des troubles endocriniens et la propagation de la stérilité dans la région.
En dépit de la loi d’indemnisation de 2010, les compensations versées aux victimes restent insuffisantes. Selon l’agence APS, au moins 30 000 Algériens auraient été affectés par les essais de 1962, et des enfants continuent de naître handicapés à cause de la pollution radioactive. Les dommages environnementaux causés par les 17 essais nucléaires atmosphériques ou souterrains menés entre 1960 et 1966 restent également significatifs, marquant durablement le paysage et l’écosystème du sud algérien.
« Une opération nationale pour affirmer la mémoire et la souveraineté »
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a dénoncé à plusieurs reprises le refus de la France de nettoyer les sites et de fournir les informations nécessaires. Lors d’un discours à l’Assemblée nationale en décembre 2024, il avait déclaré : « Vous voulez qu’on soit amis, venez nettoyer les sites des essais nucléaires », et ajouté : « Vous êtes devenus une puissance nucléaire et vous nous avez laissé des maladies (…) Venez nettoyer, nous n’avons que faire de votre argent ». Cette démarche s’inscrit dans une volonté algérienne de consolider la mémoire nationale et de faire reconnaître la responsabilité historique et juridique de la France, considérée comme un impératif « non sujet à l’oubli ni à la renonciation ».
L’initiative de décontamination lancée à In Ekker est également symbolique : elle traduit la détermination de l’Algérie à affronter l’héritage toxique du passé colonial, à protéger ses populations et à restaurer son environnement. L’opération servira de modèle pour la réhabilitation future d’autres sites contaminés, renforçant la souveraineté nationale tout en inscrivant la mémoire de ces crimes dans la conscience collective et dans le cadre juridique du pays. « L’Algérie, qui célèbre le 66e anniversaire des essais nucléaires français, a relevé le défi en lançant la première opération de dépollution partielle des sites des essais, à partir d’In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset, en s’appuyant sur l’expertise et les compétences de ses fils et sur des équipements nationaux », souligne le documentaire du MDN.
Par : S.A.B.












