Le 12 février 2022, dans une chambre de l’hôpital d’Aïn Naâdja à Alger, s’éteignait Mustapha Preure, emporté par le Covid-19 à l’âge de 86 ans. Avec lui disparaissait une mémoire vivante du théâtre et de l’audiovisuel algériens, un artiste dont le parcours épouse, presque à lui seul, plusieurs décennies d’histoire culturelle nationale.
Né en 1935 au cœur de la Casbah d’Alger, il grandit dans un environnement populaire où la parole, le récit et la musique occupent une place centrale. Élève à l’école Sarrouy, à Soustara, il monte sur scène alors qu’il n’a que six ans, au sein de la troupe “El Kotb” de la Pêcherie d’Alger, affiliée aux Scouts musulmans algériens. Cette initiation précoce au quatrième art n’a rien d’anecdotique : elle marque le début d’un engagement total envers la scène.
Il rejoint par la suite la troupe “El Manar El Djazaïri”, dirigée par Mohamed Zinet et Réda Bastandji. À travers des tournées à vocation militante, il participe à l’effervescence culturelle qui accompagne la lutte pour l’indépendance. L’art devient alors un outil de sensibilisation et de résistance.
Parallèlement à sa vocation de comédien, Mustapha Preure cultive un talent musical affirmé. Percussionniste et virtuose du tar, il intègre l’orchestre de Mustapha Sahnoun avant de partir à Paris en 1953. Il y évolue aux côtés de musiciens tels que le violoniste Mohamed Mokhtari et le flûtiste et compositeur Ahmed Malek. En 1955, il prend part au Festival mondial de la jeunesse avec des figures majeures du théâtre algérien, dont Mahieddine Bachtarzi, Sid Ali Kouiret et Yahia Ben Mebrouk.
Son engagement ne se limite pas à la scène. Contacté en 1958 par le révolutionnaire Osman Hadji, dit Ramel, il rejoint les rangs des moudjahidine. Arrêté, il est incarcéré à El Harrach puis à Blida. Cette épreuve carcérale marque durablement son parcours. À sa libération, sa rencontre avec El Hachemi Guerrouabi scelle une amitié forte, née dans un contexte où l’art et la lutte se rejoignent.
À l’indépendance, il participe activement à la structuration des institutions culturelles. En 1962, à Oujda, il rejoint la troupe du FLN venue de Tunis, qu’il ne quittera plus. Au sein du Théâtre national algérien, né de la nationalisation de l’ex-Opéra d’Alger le 8 janvier 1963, il contribue à bâtir les fondations d’un théâtre national moderne, aux côtés de Mohamed Boudia, Mustapha Kateb et Taha El Amiri. Il œuvre également à la retransmission radiophonique de spectacles, élargissant l’accès à la culture.
Sa filmographie, riche de plus de 80 films et d’une cinquantaine d’œuvres télévisées, témoigne d’une présence constante à l’écran. Les téléspectateurs se souviennent de ses rôles dans “Chafika après la rencontre”, “Les blessures de la vie”, “Histoires sans ailes”, “Mémoire de scène” ou encore “Le brocanteur”. À cela s’ajoutent des dizaines de pièces radiophoniques et près d’une centaine de lectures de romans, à une époque où la radio constituait un pilier de la vie culturelle.
Discret, travailleur infatigable, Mustapha Preure n’a jamais recherché la lumière pour elle-même. Il a traversé les époques avec constance, mettant son talent au service d’un art profondément ancré dans la société. Sa disparition laisse un vide certain, mais son empreinte demeure dans la mémoire collective, celle d’un artiste engagé, fidèle à sa vocation jusqu’au dernier acte.
Par : Aly D












