« Inconnu »” marque les débuts d’Ahmed Zitouni derrière la caméra, d’après un scénario signé Hakim Traïdia. Le film se distingue par un parti pris radical : un espace unique, une actrice seule à l’écran, et un téléphone trouvé par hasard qui fait vaciller toute notion de sécurité. En treize minutes, Zitouni transforme un appartement ordinaire en terrain d’angoisse, en interrogeant la place envahissante des technologies dans nos vies et la façon dont elles peuvent soudain devenir source de menace.
Au centre du récit, “Salima”, interprétée par Narjess Asli, rentre chez elle avec un téléphone ramassé sur son chemin. Quelques instants plus tard, l’objet se met à sonner. L’appel survient à “22h22”, une coïncidence qui agit comme un signal déroutant et prépare la rupture progressive avec la réalité. Une voix masculine exige qu’elle rende l’appareil à un certain “Khaled”. Puis une autre voix, féminine cette fois, répète la même demande. Les appels se succèdent, toujours plus insistants, toujours plus inquiétants.
Pour donner corps à cette spirale anxieuse, Ahmed Zitouni mise sur une mise en scène rigoureuse : des plans longs qui laissent le temps à la peur de s’infiltrer, un cadrage qui resserre progressivement l’espace et une lumière taillée pour faire surgir l’inquiétude depuis les zones d’ombre. Le lieu se referme autour du personnage comme si l’appartement devenait lui-même un protagoniste hostile.
Au-delà de son intrigue minimaliste, “Inconnu” explore une idée contemporaine : la perte totale de maîtrise face à un objet du quotidien qui, soudain, prend le contrôle de la situation. Le film pointe cette faiblesse moderne, celle qui transforme un téléphone en vecteur d’intrusion.
Déjà remarqué dans plusieurs festivals, “Inconnu” poursuit un parcours prometteur. Le court métrage a obtenu le Prix du Jury aux festivals d’Imedghassen et de Saïda, ainsi que le prix du Meilleur court métrage aux IndoDubai Monthly Awards. Il a récemment décroché une Mention spéciale à l’AIFF – Algiers International Film Festival. Présenté aussi à “Vues d’Afrique” et au premier Festival international du court métrage de Timimoun, il confirme sa capacité à toucher des publics très différents grâce à un langage cinématographique direct et universel.
Par : Sabri K










