Samedi après-midi, le Théâtre régional Azzedine Medjoubi a accueilli la deuxième représentation de Jawaher El Taj, un spectacle au jeune public qui a su capter l’attention et provoquer les rires d’une salle remplie d’enfants et de parents.
Mise en scène par Kamel Rouini, sur un texte de Souhil Chebli, la pièce, d’une durée inhabituelle de près d’1h30, a offert une aventure scénique nourrie de quêtes initiatiques et de symboles universels. Le récit, centré sur un jeune prince contraint de retrouver quatre diamants pour gagner la confiance de son père, le sultan (Guezgouz Chamssedine), s’est inscrit dans la veine des grands contes orientaux.
Le rôle principal, porté par Amine Labed, s’est distingué par une sincérité qui a convaincu le public. Son interprétation a rendu palpable le dilemme intérieur d’un fils partagé entre la crainte et la volonté de se prouver. À ses côtés, Soufien Hemissi, marin facétieux, a séduit par une aisance scénique et un humour bien dosé, apportant rythme et fraîcheur. Leur duo a constitué l’un des points forts du spectacle.
La distribution a offert d’autres performances marquantes : Mouna Bensoltane, dans le rôle de Fawzan, figure maléfique qu’elle a su maîtriser avec une intensité impressionnante. Son ton ferme, ses gestes calculés et son regard perçant ont parfaitement rendu l’ambiguïté de ce personnage, suscitant autant de crainte que d’admiration.
Amina Bouyounes, en Yakouta et capitaine, a déployé une belle énergie. Boukezoula Nazim Zakaria a campé un vizir ambivalent, tandis que Kendi Abdennour et Chnouf Zakaria ont su amuser la salle par leurs personnages hauts en couleur de roi et vice-roi des nains. La narratrice, interprétée par Jihan Ben Trad, a structuré le récit et maintenu son rythme. Même les rôles secondaires, Inas Oudi, Sabah Ghdabna, Anouar Koual et Abdelkader Bransi, ont contribué à enrichir l’univers féerique de la pièce.
Au plan visuel, la scénographie de Habbel el Boukhari et les costumes ont constitué une véritable réussite, transportant le public à travers les quatre îles du voyage princier grâce à un travail subtil sur les décors, les lumières et les couleurs. La chorégraphie de Toufik kara et la musique de Sofiane Abdelkader ont ajouté une dimension sensorielle, renforçant tantôt la légèreté des scènes collectives, tantôt le mystère des passages initiatiques.
Malgré une fin attendue et la nécessité pour certains comédiens d’améliorer la prononciation de l’arabe classique, «Jawaher El Taj» a tenu toutes ses promesses. Plus qu’un simple spectacle, la pièce a offert une véritable leçon de vie : le courage face aux épreuves, l’importance de l’amitié et la confiance en soi.
L’inspiration du texte n’est pas sans rappeler les récits des Mille et Une Nuits et les aventures de Sindbad le marin, où se mêlent îles mystérieuses et épreuves initiatiques. Le motif des pierres précieuses, lui, renvoie aux contes populaires algériens et berbères où le héros doit rapporter des objets merveilleux pour prouver sa valeur.
Au-delà d’un simple divertissement, « Jawaher El Taj » propose une dimension initiatique : chaque épreuve vécue par le prince illustre une leçon de vie – la persévérance, l’amitié, la confiance en soi, mais aussi l’art de la ruse, la capacité à garder des secrets et la recherche de solutions face aux obstacles. L’interaction avec le public, notamment à travers les énigmes, a également permis aux enfants d’exercer leur imagination et leur réflexion.
Par : Ikram Saker












