Retirer son argent à la Poste est un feuilleton infini qui se répète chaque mois. Pour les citoyens qui n’ont d’autres ressources que leur salaire mensuel, chaque fin de mois devient une épreuve. Lorsque la chaleur dépasse les 40°, cette galère prend des allures de supplice.
Lundi 1er septembre. Dès 8h30, le bureau de Poste de Kouba affiche déjà complet. Une foule compacte attend l’ouverture des portes. Ceci fait, chacun prend son ticket, cherche une chaise pour s’asseoir ou, faute de place, se résigne à rester debout. L’air est lourd d’attente, mais aussi d’une résignation familière.
Au bout d’une heure, le premier rebondissement du «feuilleton postal» survient : panne de réseau. Personne ne s’en étonne. Une heure plus tard, le service reprend, mais à un rythme d’une lenteur accablante : certains tickets portent le numéro 117 alors que le tableau lumineux affiche encore le 26. Vers 11h15, le réseau retombe de nouveau. À l’intérieur, la température dépasse celle de la rue.
Les règles de priorité ne s’appliquent qu’aux femmes enceintes et aux personnes en situation de handicap. Les personnes âgées, elles, doivent attendre comme tout le monde, épuisées par la chaleur. À 11h30, alors que le tableau n’affiche que le numéro 69, la crainte de voir retentir la sonnerie de la pause de midi parcourt déjà les rangs. Les commentaires vont bon train, chacun raconte ses mésaventures avec Algérie Poste. Dehors, le distributeur automatique est hors service : impossible d’échapper à la file d’attente.
La matinée s’achève dans la frustration. Trois heures passent, l’argent n’est pas retiré. Ne reste que la fatigue et la sensation d’avoir passé une demi-journée dans un four.
Cette scène n’a rien d’exceptionnel : elle se répète depuis des décennies. Toujours les mêmes questions demeurent sans réponse. Pourquoi, en fin de mois, seulement trois guichets restent-ils ouverts? Pourquoi les distributeurs tombent systématiquement en panne quand la demande est la plus forte? Pourquoi aucun guichet n’est réservé aux personnes âgées?
À ces difficultés s’ajoute un paradoxe : alors qu’on parle de transition numérique, la majorité des usagers n’est pas à l’aise avec les outils digitaux. Pour obtenir une carte bancaire, théoriquement accessible automatiquement à tout détenteur d’un compte, il faut remplir un formulaire… puis, selon le conseil «automatique» de l’agent, «aller dans un cyber» pour finaliser la procédure en ligne. Un comble : payer un service externe pour accéder à un droit élémentaire.
La chronique d’un retrait ordinaire est celle d’un système figé, qui ne semble pas apprendre de ses propres défaillances. Chaque fin de mois, les mêmes scènes se rejouent : des guichets saturés, des distributeurs en panne et des citoyens épuisés.
Par : Aly D









